Le matin où l'on vaccine tout l'étage
Un matin d'octobre, l'équipe passe de chambre en chambre. À midi, la plupart des résidents ont reçu leur vaccin contre la grippe et, souvent, leur rappel COVID. C'est le bon modèle : personne ne devrait emmener une femme de quatre-vingt-douze ans dans un centre de vaccination au mois de novembre.
Deux choses tournent mal chaque année. Des résidents sont oubliés — parce qu'ils étaient hospitalisés ou fébriles ce matin-là et que personne n'a noté de rattrapage. Et certains sont vaccinés sur la base d'un consentement qui ne tiendrait pas si on le regardait de près. Les deux méritent dix minutes maintenant plutôt qu'une conversation difficile en janvier.
Qui peut vacciner, depuis que les règles ont changé
C'est le point que beaucoup de familles ignorent encore, et il explique pourquoi la campagne peut se faire vite. Les compétences vaccinales ont été élargies : les infirmiers peuvent administrer la plupart des vaccins du calendrier vaccinal de l'adulte sans prescription médicale préalable, et les pharmaciens peuvent également vacciner. Autrement dit, la vaccination de votre mère en EHPAD n'a plus à attendre que son médecin traitant passe.
Bonne nouvelle pour la couverture vaccinale. Mais elle déplace la question : si personne n'a besoin d'une ordonnance, qui vérifie que votre mère a bien été vaccinée, et surtout que quelqu'un a valablement consenti pour elle ?
Les cinq vaccins qui concernent votre mère
- La grippe, chaque automne. C'est celui que tout le monde connaît et celui qui est le mieux fait.
- Le COVID-19, campagne saisonnière, avec la formulation de l'année.
- Le pneumocoque, qui n'est pas annuel — et c'est précisément pour cela qu'il est oublié.
- Le zona, recommandé chez la personne âgée, en deux doses. Rarement proposé spontanément en établissement.
- Le VRS (virus respiratoire syncytial), recommandation récente pour les personnes âgées. Beaucoup de familles n'en ont jamais entendu parler, et beaucoup d'établissements ne l'ont pas encore intégré à leur campagne.
Ajoutez-y le rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite, qui se fait à âge fixe chez l'adulte et que plus personne ne suit après soixante-quinze ans. Les recommandations et les âges évoluent chaque année : demandez ce qui est prévu cette saison, en citant chaque vaccin par son nom plutôt qu'en demandant si elle est « à jour ».
Le consentement : personne de confiance n'est pas représentant légal
C'est la confusion la plus répandue, et elle a des conséquences réelles.
Si votre mère est en état de consentir, elle décide. Pas vous, pas la direction. Un refus doit être respecté et tracé — et un consentement obtenu en remontant une manche pendant qu'on lui dit « c'est juste une petite piqûre » n'est pas un consentement. La capacité s'apprécie décision par décision : une personne désorientée peut parfaitement comprendre ce qu'est un vaccin contre la grippe.
Si elle n'est plus en état de consentir, il faut distinguer deux choses que l'on mélange constamment :
- La personne de confiance qu'elle a désignée est consultée, et son témoignage sur ce que votre mère aurait voulu prévaut sur tout autre avis non médical. Mais elle ne décide pas à la place de votre mère : elle rapporte sa volonté.
- Le représentant légal — dans le cadre d'une tutelle avec représentation à la personne, ou d'une habilitation familiale — est celui qui peut consentir à sa place, dans les conditions prévues par la mesure.
Et si elle a rédigé des directives anticipées, elles s'imposent au médecin dans leur champ. Deux conséquences pratiques : l'établissement ne peut pas consentir pour elle, et si vous êtes le référent familial sans aucun titre formel, votre avis compte mais n'est pas juridiquement un consentement. Si votre mère n'est plus en mesure de décider et qu'aucune mesure n'existe, c'est maintenant qu'il faut s'en occuper, pas le jour où il faudra trancher quelque chose de sérieux.
Vérifier qu'elle n'a pas été oubliée
Ne demandez pas « est-ce qu'elle a été vaccinée ». Demandez les dates. Chaque injection est tracée dans son dossier de soins, et le carnet de vaccination électronique de Mon espace santé permet de retrouver l'historique si l'accès a été correctement délégué — une démarche à faire quand tout va bien, pas au mois de décembre.
La cause la plus fréquente d'un résident non vacciné n'est pas le refus : c'est l'hospitalisation ou la fièvre le jour du passage. Ce n'est la faute de personne. Laisser courir onze mois, si. Demandez explicitement : en cas d'absence le jour J, qui organise le rattrapage et sous quel délai ? Un établissement qui a une réponse a un système.
Les soignants, et ce qui se passe en cas d'épidémie
Certaines vaccinations sont obligatoires pour les professionnels de santé — c'est le cas de l'hépatite B et du groupe diphtérie-tétanos-poliomyélite. L'obligation vaccinale contre le COVID a été suspendue. La grippe, elle, reste recommandée et non obligatoire : le taux de couverture des soignants est donc un chiffre variable, que l'établissement connaît et communique rarement. C'est une bonne question au moment de choisir, parce que le virus entre presque toujours par la porte d'entrée.
En cas d'épidémie dans l'établissement, il y a un signalement aux autorités sanitaires et un protocole. La partie qui compte pour les familles est le droit de visite : depuis la loi de 2024 qui garantit le droit de visite en établissement, une fermeture générale et indéfinie n'est pas la réponse attendue. Demandez comment les visites seront maintenues, en chambre et avec précautions. Pour une résidente atteinte de troubles cognitifs, la différence entre « plus de visites » et « visite en chambre avec masque » est la différence entre quinze jours difficiles et un déclin dont elle ne revient pas.
Six questions à poser
- Quels vaccins a-t-elle reçus, et à quelles dates ? Grippe, COVID, pneumocoque, zona, VRS, rappel DTP — nommez-les.
- Qui a consenti, et à quel titre ? Personne de confiance, représentant légal, ou elle-même.
- Que se passe-t-il si elle est hospitalisée le jour de la campagne ?
- Quel est le taux de couverture vaccinale de vos soignants cette saison ?
- Quel est le protocole en cas d'épidémie, et comment les visites sont-elles maintenues ?
- Ses directives anticipées et la désignation de personne de confiance sont-elles au dossier, et à jour ?
Si rien ne vient
Écrivez au directeur : une question, une date. Sans réponse, vous pouvez saisir la personne qualifiée dont la liste départementale vous a été remise avec le livret d'accueil, puis l'Agence régionale de santé pour le volet soins et le conseil départemental pour le reste. Le conseil de la vie sociale est aussi le bon endroit pour poser une question qui, presque toujours, n'est pas seulement la vôtre.
Par où commencer
Si vous cherchez encore un établissement, « comment organisez-vous la campagne, et quel est votre taux de couverture chez les soignants ? » sépare en deux minutes les maisons organisées de celles qui improvisent. Si votre mère est déjà entrée, une demande écrite des dates de vaccination est le moyen le plus rapide de savoir si quelque chose a été sauté — et l'automne est le mois pour l'envoyer.
Si vous préférez ne pas mener ces démarches seul, nous pouvons le faire. Pour 59 €, nous reprenons la situation de votre mère, nous cherchons dans votre secteur les établissements qui répondent vraiment à ces questions, et nous vous rapportons ce qu'ils nous ont dit, avec les noms et les dates. Commencez ici
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical ou juridique sur votre situation. Le calendrier vaccinal et les âges de recommandation changent chaque année : vérifiez ce qui est en vigueur cette saison auprès du médecin traitant ou du médecin coordonnateur. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.