« Elles ne s'entendent pas »
Votre mère vous dit que la dame d'en face lui crie dessus. Ou que sa voisine de chambre fouille dans ses tiroirs la nuit. Ou il y a un hématome sur son bras et, au bout d'un moment, quelqu'un évoque « un incident » avec une autre résidente.
Ce qu'on vous dira, c'est qu'elles sont toutes deux désorientées, que personne n'a voulu mal faire, et que cela arrive quand on vit ensemble. C'est peut-être vrai. Ce n'est pas le sujet.
Le mot qui change la conversation
Depuis 2022, la maltraitance a une définition inscrite dans le code de l'action sociale et des familles, et elle ne se limite pas aux coups : elle couvre les négligences, les privations et les atteintes à la dignité, qu'elles soient intentionnelles ou non. Cela compte ici très concrètement : le fait que l'autre résidente ait des troubles cognitifs explique son geste, et n'efface pas ce que l'établissement doit à la vôtre.
Un établissement médico-social est tenu à la sécurité des personnes qu'il accueille. Et il existe une obligation que peu de familles connaissent : les événements indésirables graves survenus dans l'établissement doivent être déclarés à l'ARS et au conseil départemental. Un résident blessé par un autre résident entre dans ce champ.
Dites-le ainsi, par écrit : « Je signale une atteinte à l'intégrité de ma mère par une autre résidente. Merci de me confirmer que l'événement a été tracé, s'il a fait l'objet d'une déclaration aux autorités, et quelles mesures de protection sont en place. »
Les questions à poser par écrit
- « L'événement a-t-il été tracé au dossier et fait-il l'objet d'une déclaration ? À quelle date ? »
- « Quelles mesures de protection immédiates sont en place ? » Séparation aux repas, surveillance sur une plage horaire précise, changement de chambre, passages plus fréquents — quelque chose de concret maintenant, pas « on va être vigilants ».
- « Existe-t-il un projet d'accompagnement pour le comportement de l'autre résidente ? » Vous n'avez pas droit à ses informations médicales, mais vous avez droit de savoir qu'un plan existe.
- « Qu'est-ce qui a déclenché la scène ? » Ces incidents se concentrent à des endroits prévisibles : aux repas, dans les portes, en fin d'après-midi, pour un fauteuil ou la télévision, et la nuit en chambre double. Tout cela se corrige.
- « Ma mère a-t-elle été examinée depuis — pour les lésions, la douleur et la peur ? » Celle qui a peur d'une autre résidente cesse de sortir de sa chambre, et ce recul est noté comme un repli plutôt que comme une conséquence.
S'il y a des lésions, faites établir un certificat médical descriptif daté par un médecin extérieur. C'est la pièce la plus solide de votre dossier, et ce n'est pas vous qui la produisez.
Demandez une révision du projet personnalisé, et des points précis
- le placement aux tables, avec les noms ;
- qui surveille la plage horaire concernée ;
- si un changement de chambre est indiqué — et si l'établissement propose de déplacer votre mère, demandez pourquoi ce n'est pas la personne à l'origine des faits qui est déplacée. Déplacer celle qui subit est la réponse commode, et elle se conteste ;
- ce qui se passe en cas de récidive, et qui vous appelle.
Ce qu'il ne faut pas accepter
La sédation comme solution, pour l'une ou pour l'autre. Un médicament donné pour supprimer un comportement relève de la contention chimique : justification individuelle, traçabilité, réévaluation. Si un neuroleptique apparaît après l'incident, demandez l'indication documentée et la date de réévaluation.
« C'est la maladie ». Des incidents répétés et prévisibles sans aucun plan ne sont pas une fatalité : c'est un problème d'effectifs et d'accompagnement.
Le silence. Un événement touchant à l'intégrité de votre mère doit vous être signalé.
Si cela ne s'arrête pas
- Tout par écrit, avec les dates, à la direction et au médecin coordonnateur.
- Le 3977, numéro national dédié aux maltraitances envers les personnes âgées : gratuit, et il vous oriente sans que vous ayez à qualifier quoi que ce soit.
- Une réclamation écrite à l'ARS et au conseil départemental, autorités de contrôle et de tarification — visez les deux en cas de doute.
- La personne qualifiée, tiers extérieur gratuit, et le procureur de la République si les faits peuvent relever du pénal.
Tenez votre propre relevé : dates, ce que votre mère a dit, ce que vous avez constaté, à qui vous l'avez dit et ce qu'on vous a répondu. Dans quinze jours personne ne s'en souviendra ; votre fichier, si.
Quand il est temps de partir
Un incident entre deux personnes désorientées, suivi d'un vrai plan, c'est un établissement qui fait son travail. Un deuxième incident avec la même résidente, aucun plan, et la suggestion que ce soit votre mère qui bouge : c'est un autre signal — et il concerne presque toujours le niveau de surveillance, pas ces deux personnes.
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Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis juridique ou médical. Si vous craignez un danger immédiat pour votre proche, prévenez la direction et appelez le 15 ou le 17. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.