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Guide éditorial

Guide11 min de lecturePublié le 27/07/2026

Trop de médicaments en EHPAD : qui révise l’ordonnance, et comment demander une révision

Elle est entrée avec huit médicaments, un an plus tard elle en prend quatorze. Personne n’a jamais rien retiré : on ajoute, on ne soustrait pas. Voici comment demander — et obtenir — une révision complète de l’ordonnance, à qui s’adresser et quels mots employer.

Pourquoi ce guide compte

Conçu pour réduire l’incertitude des familles qui doivent comprendre les coûts, l’urgence, les listes d’attente et les options réelles.

Prenez l’ordonnance de votre mère et comptez les lignes. Au-delà de cinq, vous êtes dans la moyenne. Au-delà de dix, vous êtes dans une situation qui porte un nom précis en médecine — la polymédication — et qui constitue en elle-même un facteur de risque, au même titre que le tabac ou l’hypertension.

Le mécanisme est presque toujours le même, et ce n’est la faute de personne en particulier. Elle est entrée avec huit médicaments. Puis une nuit agitée, et on a ajouté quelques gouttes pour dormir. Puis une douleur de hanche et un anti-inflammatoire. Puis un protecteur gastrique pour couvrir l’anti-inflammatoire. Le cardiologue ajoute, le rhumatologue ajoute, les urgences ajoutent après une chute. Chaque prescription prise isolément est raisonnable. Personne n’a pour mission de regarder la liste entière et d’en retirer.

Cet article explique comment demander cette révision, à qui, quoi apporter et quels mots employer pour qu’elle ait vraiment lieu.

La cascade de prescription, ou comment un comprimé en génère deux

Il existe un phénomène qu’il vaut la peine de connaître, parce qu’une fois vu on ne peut plus l’ignorer : la cascade de prescription.

Cela fonctionne ainsi. Un médicament pour la tension provoque un gonflement des chevilles. Le gonflement est interprété comme un problème nouveau et on ajoute un diurétique. Le diurétique la fait se lever trois fois par nuit. Les levers nocturnes conduisent à une chute. Après la chute, on ajoute un sédatif « pour qu’elle soit tranquille ». Le sédatif augmente la confusion et le risque de tomber.

Quatre médicaments, dont trois n’existent que pour traiter les effets du premier. C’est plus fréquent qu’il n’y paraît, et le reconnaître, c’est la moitié du travail : chaque fois qu’un symptôme nouveau apparaît, la première question devrait être « est-ce que cela peut être un médicament ? », et non « quel médicament ajoute-t-on ? ».

Les signes qui disent « regardons l’ordonnance »

Avant de tout attribuer à l’âge ou à la maladie d’Alzheimer, demandez-vous si quelque chose de nouveau est apparu ces derniers mois :

  • une confusion ou une désorientation apparue ou aggravée assez rapidement
  • une somnolence en journée, la tête qui tombe, des difficultés à rester éveillée après le déjeuner
  • des chutes, ou ce pas hésitant que les familles décrivent par « elle marche mal depuis quelque temps »
  • une perte d’appétit, la bouche sèche, une constipation tenace
  • des vertiges au lever
  • une dégradation qui a commencé après une hospitalisation — le moment où les traitements sont le plus souvent modifiés

Aucun de ces signes ne *prouve* que les médicaments sont en cause. Mais chacun justifie une question.

Le document à demander, et la colonne qui révèle tout

Demandez par écrit la liste complète et à jour des traitements : molécule, dose, horaire, indication, date d’instauration et prescripteur.

C’est cette colonne des dates qui révèle tout. Les gouttes pour dormir introduites « pour quelques jours » au mois de mars il y a deux ans et jamais réévaluées depuis sont la ligne la plus fréquente de toutes, et la plus facile à corriger.

Demandez aussi qui est responsable du traitement : le médecin coordonnateur de l’EHPAD ne prescrit pas dans tous les établissements, et le médecin traitant reste souvent le prescripteur. C’est la source d’équivoque la plus fréquente — chacun pense que l’autre révise, et entre les deux personne ne révise.

Les médicaments qui méritent le plus d’attention chez la personne âgée

Ce n’est pas une liste de choses à retirer — cela, seul un médecin en décide. C’est la liste de ce sur quoi il vaut la peine de poser des questions, parce que la littérature gériatrique les signale comme les plus problématiques après soixante-quinze ans :

  • Benzodiazépines et hypnotiques (pour dormir ou pour l’anxiété) : ils augmentent le risque de chute et dégradent la mémoire et la vigilance. Ce sont aussi les plus difficiles à arrêter, et la baisse doit être progressive, jamais brutale.
  • Neuroleptiques en cas de démence : prescrits pour l’agitation ou l’agressivité, ils augmentent dans les démences le risque d’AVC et de mortalité. Les recommandations ne les admettent que sur des périodes courtes et avec réévaluation — pas « depuis des mois, parce qu’elle était agitée ». Demandez la date de la prochaine réévaluation.
  • Médicaments anticholinergiques : de nombreux antihistaminiques, certains antidépresseurs anciens, des traitements de la vessie hyperactive. Pris ensemble, ils additionnent une « charge anticholinergique » qui embrouille, assèche la bouche et bloque le transit.
  • Anti-inflammatoires (AINS) pris en continu : ils pèsent sur les reins, l’estomac et la tension, et chez la personne âgée les reins fonctionnent déjà moins bien.
  • Inhibiteurs de la pompe à protons (les protecteurs gastriques) poursuivis des années sans raison actuelle : très souvent débutés pour couvrir un autre médicament, et jamais arrêtés quand ce médicament l’a été.
  • Antidiabétiques et antihypertenseurs trop agressifs : chez une personne de quatre-vingt-dix ans, une glycémie ou une tension « parfaites » peuvent faire plus de mal que de bien. C’est le principe de la déprescription : quand l’âge et l’état changent, l’objectif thérapeutique change aussi.

Il existe des listes internationales de médicaments à utiliser avec prudence chez la personne âgée, que les médecins connaissent bien. Les citer ne sert à rien : ce qui sert, c’est de demander une révision structurée et une date.

Le meilleur moment pour la demander

Après une hospitalisation. Au retour, le traitement a presque toujours changé, souvent sans que personne ait comparé la nouvelle liste avec l’ancienne. Demandez explicitement la conciliation médicamenteuse entre le traitement d’avant l’hospitalisation et celui de sortie, et demandez-la par écrit : c’est le moment où les doublons s’accumulent le plus.

Les autres moments utiles : après une chute, après un épisode confusionnel, après une perte de poids, et à chaque actualisation du projet d’accompagnement personnalisé.

À qui demander, dans l’ordre

1. Le médecin traitant ou le médecin coordonnateur. Commencez par celui qui prescrit réellement. Le médecin traitant a la vision la plus complète, puisque toutes les ordonnances passent par lui.

2. Le pharmacien. C’est la ressource la plus sous-estimée. En pharmacie, on peut vérifier gratuitement les interactions entre tous les médicaments pris — ce qu’aucun spécialiste ne fait, chacun ne voyant que les siens. Il existe par ailleurs un bilan partagé de médication pris en charge pour les patients âgés polymédiqués : un entretien structuré avec le pharmacien, qui aboutit à un compte rendu transmis au médecin. Demandez-le par son nom.

3. Le gériatre. C’est le seul spécialiste formé précisément pour regarder l’ensemble plutôt qu’un organe. Si la situation est complexe, une consultation gériatrique vaut mieux que trois consultations spécialisées séparées.

4. L’échéance des traitements à renouvellement. Certains traitements ont une date de renouvellement : c’est une occasion naturelle de tout remettre en question, et elle passe souvent inaperçue.

Comment le demander, concrètement

La différence entre une demande qui aboutit et une demande qui se perd tient entièrement à la forme. Ne demandez pas « elle ne prend pas trop de médicaments ? » — c’est une opinion, et une opinion se réfute.

Demandez un rendez-vous dédié et apportez trois choses : la liste complète (y compris compléments alimentaires, gouttes, collyres et médicaments sans ordonnance, qui manquent presque toujours des listes officielles), la liste des symptômes nouveaux avec leurs dates, et cette question :

> « Je voudrais une révision complète du traitement. Pour chaque médicament : pourquoi le prend-elle, depuis quand, et y a-t-il encore une raison de le poursuivre aujourd’hui ? »

C’est une question à laquelle un médecin peut répondre, et elle est formulée comme une demande clinique et non comme un soupçon. La deuxième phrase utile :

> « Certains de ces symptômes pourraient-ils être des effets indésirables ? Peut-on essayer d’en arrêter un et voir ce qui se passe ? »

Et la troisième, celle qui referme :

> « Peut-on fixer une date pour revoir le traitement ensemble ? »

Comme pour toute demande en établissement, mettez-le par écrit. Un courriel de dix lignes avec la liste et les dates existe ; une question posée dans le couloir, non.

Ce qu’il faut demander noir sur blanc

  1. Une révision complète du traitement, avec un résultat écrit : ce qui reste, ce qui est réduit, ce qui est arrêté et avec quelle surveillance.
  2. Une date de réévaluation pour chaque médicament introduit « pour quelques jours ».
  3. La justification de chaque sédatif ou neuroleptique, avec la date du prochain contrôle.
  4. Que les modifications vous soient communiquées si vous êtes la personne de confiance ou le référent familial. Il suffit de le demander une fois par écrit.

Les trois choses à ne jamais faire

N’arrêtez rien de votre propre initiative. Certains médicaments — benzodiazépines, corticoïdes, antiépileptiques, antidépresseurs, bêtabloquants — provoquent des syndromes de sevrage parfois graves s’ils sont arrêtés brutalement. La diminution est progressive et doit être encadrée.

Ne vous attendez pas à ce qu’on retire tout. Une révision bien faite retire un ou deux médicaments et ajuste les doses des autres. Si elle n’en retire qu’un, mais que c’est la benzodiazépine qui la faisait tomber, c’est une excellente révision.

N’en faites pas une accusation. « Vous lui donnez trop de médicaments » ferme la conversation. « Je voudrais comprendre si l’on peut en retirer un » l’ouvre.

Si rien ne se passe

Écrivez à la direction de l’établissement en indiquant une date à laquelle vous attendez une réponse. Si elle ne vient pas, le conseil de la vie sociale, puis l’ARS et le conseil départemental sont les étapes suivantes. Et parlez-en au médecin traitant : une demande de révision qui vient du médecin pèse plus que dix demandes de la famille.

Pourquoi cela en vaut la peine

Une révision bien faite n’est pas un détail administratif : chez les personnes très âgées, retirer les médicaments inutiles signifie souvent moins de chutes, moins de confusion, plus d’appétit et plus d’heures de lucidité dans la journée.

Beaucoup de familles décrivent la même scène quelques semaines plus tard : « elle s’est remise à parler », « elle s’est réveillée ». Ce n’était pas la maladie qui avançait. C’étaient les comprimés.

En résumé

  • La polymédication s’accumule parce que chaque spécialiste ajoute et que personne n’a pour mission de retirer.
  • Reconnaissez la cascade de prescription : devant un symptôme nouveau, demandez d’abord « est-ce que cela peut être un médicament ? ».
  • Demandez la liste complète avec la date d’instauration en face de chaque ligne : c’est la colonne qui révèle tout.
  • Attention particulière aux benzodiazépines, aux neuroleptiques dans les démences, aux anticholinergiques, aux AINS et aux protecteurs gastriques poursuivis des années.
  • Le meilleur moment est après une hospitalisation : demandez la conciliation médicamenteuse.
  • Le pharmacien vérifie gratuitement les interactions et peut réaliser un bilan partagé de médication ; le gériatre regarde l’ensemble.
  • Ne jamais arrêter seul.

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*Les modalités de prescription, les obligations de documentation et les compétences de contrôle dépendent de la réglementation nationale et départementale ainsi que de l’organisation de chaque établissement, et sont mises à jour régulièrement. N’arrêtez et ne modifiez jamais un traitement de votre propre initiative : parlez-en au médecin de l’établissement et au médecin traitant. Cet article est une information générale et ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Curalune n’attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.*

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