Vous avez ce que la plupart des familles n’ont jamais : une date
Votre mère s’est cassé le col du fémur. Elle est en soins de suite et de réadaptation, et quelqu’un a prononcé la phrase : « on vise plutôt le 20 ».
Cette date ressemble à une menace. C’est en réalité ce que vous avez de plus utile. Presque personne n’arrive à une décision d’hébergement avec trois semaines de préavis : la plupart des familles décident dans un couloir, un après-midi, parce qu’une place s’est libérée. Vous avez un compte à rebours. Toute la question est de savoir si vous l’utilisez ou si vous le laissez filer.
Et voici comment on le laisse filer : on attend. La première semaine paraît trop tôt, elle progresse encore. La deuxième, le kiné est optimiste. La troisième, on vous annonce que la prise en charge s’arrête vendredi, et vous acceptez le premier établissement qui décroche, à quarante-cinq minutes de chez vous.
L’évaluation gratuite que personne ne demande
Il existe une équipe qui a vu votre mère marcher, se laver, s’habiller, manger et se souvenir, tous les jours, pendant trois semaines. Personne dans sa vie ne connaît mieux ses capacités actuelles — ni son médecin traitant, ni vous. Et leur avis est gratuit : il suffit de le demander.
« Selon vous, de quoi aura-t-elle besoin après la sortie — et qu’est-ce qu’il faudrait pour que le retour à domicile soit réaliste ? »
C’est la seconde moitié de la question qui change tout. « Le domicile n’est pas réaliste » est rarement toute la vérité. La réponse honnête est presque toujours conditionnelle : le domicile tient s’il y a des toilettes au rez-de-chaussée, si quelqu’un passe deux fois par jour, si on règle l’escalier. Ce sont des conditions sur lesquelles vous pouvez agir. Personne ne les énonce spontanément, parce que personne ne les demande.
Posez la même question à l’ergothérapeute. Son métier est exactement l’écart entre ce qu’elle sait faire et ce que son logement exige, et une visite à domicile avant la sortie se demande.
L’étape entre le domicile et l’EHPAD
Les familles raisonnent en binaire : elle rentre, ou elle entre en établissement. Il existe entre les deux un étage que l’on saute presque toujours :
- Un retour à domicile aidé : services d’aide et de soins à domicile, portage des repas, téléassistance, passage infirmier, aménagement du logement. L’APA à domicile finance une partie de ce plan d’aide.
- Un hébergement temporaire en EHPAD : quelques semaines, pas un déménagement définitif. C’est la solution que presque personne n’envisage, et c’est souvent la bonne : elle laisse le temps de voir si le domicile redevient possible.
- Un accueil de jour, si le problème est surtout l’isolement et la sécurité en journée.
Le principe à garder en tête : ne prenez pas une décision définitive depuis un lit d’hôpital. Ce qu’elle sait faire quinze jours après une fracture n’est pas ce qu’elle saura faire dans deux mois. Un hébergement temporaire ne ferme aucune porte ; une entrée définitive en ferme plusieurs.
Que faire chaque semaine
- Semaine 1 — demander. Les deux questions ci-dessus à l’équipe de rééducation. Et surtout : demandez à voir l’assistante sociale du service. C’est elle qui connaît les délais réels, les dossiers à ouvrir et les places du secteur. Faites ouvrir dès maintenant le dossier ViaTrajectoire, qui permet de viser plusieurs établissements en parallèle, et vérifiez où en est la demande d’APA.
- Semaine 2 — regarder. Visitez deux ou trois établissements, un matin de semaine, même si vous espérez ne pas en avoir besoin. Si le domicile l’emporte, vous aurez perdu un après-midi. Sinon, vous ne choisirez pas à l’aveugle.
- Semaine 3 — décider, avec une solution de repli. Le repli sert à une chose : pouvoir dire non à une place qui ne convient pas.
Ce qui sépare les familles qui atterrissent bien des autres, c’est de commencer en semaine 1 plutôt qu’en semaine 3.
Les vingt minutes qui valent tous les comptes rendus
Demandez à assister à une séance de kinésithérapie. Pas pour intervenir : pour voir.
En vingt minutes, vous verrez jusqu’où elle marche réellement, à quoi elle se tient, comment elle franchit une marche, à quel point elle est fatiguée après — et ce qu’aucun compte rendu ne dit : si elle a peur. Un document écrit « déambule avec déambulateur ». La séance vous dit si cela veut dire traverser une pièce ou parcourir un couloir, et si elle pourrait le faire à trois heures du matin pour aller aux toilettes, c’est-à-dire au moment qui comptera vraiment.
Le piège du « elle va très bien ici »
Un service de rééducation crée une illusion d’optique. Il y a des barres d’appui partout, du personnel à portée de voix, les repas qui arrivent, un sol plat et pas d’escalier. Évidemment qu’elle va bien. La question n’est pas comment elle se débrouille ici, mais comment elle se débrouillera dans un logement avec une marche à l’entrée, une salle de bains à l’étage et personne la nuit.
Posez la question dans ces termes : « comment ce qu’elle fait ici se traduit-il chez elle ? » C’est une autre question, et elle appelle une autre réponse.
Si la prise en charge s’arrête avant que vous soyez prêts
Demandez par écrit la date exacte de fin et ce qui est prévu ensuite. Une sortie sans solution n’est pas un plan, et l’assistante sociale du service est la personne dont c’est précisément le métier. Un courriel qui demande la date de sortie et l’état des démarches, adressé au service, change nettement le rythme des choses.
Si l’EHPAD devient nécessaire
Vous choisirez alors sous contrainte de temps, et ce qui décide de la qualité du choix, c’est d’avoir une vraie liste plutôt qu’un annuaire.
C’est ce que nous préparons. Nous regardons la situation et vous disons quels établissements de votre secteur sont réalistes maintenant, avec les coordonnées et les questions à poser. L’analyse du dossier coûte 59 € et se lance en quelques minutes. Si vous ne recevez pas au moins 3 établissements correspondant au secteur et aux critères indiqués, vous êtes intégralement remboursé. Commencez ici
L’essentiel
- Une date de sortie est un compte à rebours ; la plupart des familles le gaspillent en attendant la troisième semaine.
- Demandez à l’équipe : de quoi aura-t-elle besoin, et que faudrait-il pour que le domicile tienne ? La réponse conditionnelle est la plus utile.
- Entre domicile et EHPAD il y a un étage : retour aidé avec APA, hébergement temporaire, accueil de jour.
- Ne décidez pas définitivement depuis un lit d’hôpital : le temporaire ne ferme aucune porte.
- Semaine 1 demander, semaine 2 visiter, semaine 3 décider avec un repli. Voyez l’assistante sociale dès la première semaine et ouvrez ViaTrajectoire.
- Assistez à une séance de kiné, et demandez comment cela se traduit chez elle.
Cet article est une information générale et ne remplace pas l’avis des professionnels qui suivent la personne. Les dispositifs, les délais et les aides varient selon le département et l’établissement. Curalune n’attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.