Le moment où vous la voyez
Vous aidez votre mère à s’installer et vous apercevez une plaie : au sacrum, au talon, à la hanche. Une rougeur qui ne blanchit pas sous le doigt, ou déjà une perte de peau.
Vous posez la question et on vous répond que cela arrive, que c’est l’âge, que la peau est fragile.
La peau âgée est fragile. Mais une escarre n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’une pression prolongée au même endroit, et la prévention en est une prestation attendue, pas une faveur.
Ce qui aurait dû être fait
Les bonnes pratiques sont établies et l’établissement les connaît. Quatre choses forment le socle :
- Une évaluation du risque à l’entrée, avec une échelle reconnue, puis réévaluée quand l’état change — après une hospitalisation, une perte de poids, une immobilisation.
- Des changements de position planifiés et tracés, pas décidés au cas par cas selon la charge de travail du moment.
- Du matériel adapté : matelas ou surmatelas de prévention, coussin au fauteuil, protection des talons.
- La nutrition et l’hydratation, qui déterminent la capacité de la peau à tenir et à cicatriser. Une perte de poids non traitée est un facteur d’escarre.
Quand une escarre apparaît malgré tout, la question n’est pas « qui est fautif » mais : lequel de ces quatre points n’a pas été fait, et depuis quand ? C’est une question à laquelle le dossier peut répondre.
Les quatre documents à demander, par écrit
- L’évaluation du risque : la dernière en date, et celle faite à l’entrée.
- La traçabilité des changements de position sur les quinze derniers jours.
- Le protocole de soins de la plaie : qui l’a évaluée, à quel stade, quel pansement, à quelle fréquence, et qui la réévalue.
- Le suivi du poids et des apports sur les trois derniers mois.
Demandez-les dans un seul courriel à la direction et au médecin coordonnateur, avec un délai de réponse. Ces quatre pièces disent tout : si elles existent et sont cohérentes, l’escarre est survenue malgré des soins conformes. Si elles n’existent pas, vous avez votre réponse.
Ce qu’il faut demander tout de suite pour la suite des soins
- Un avis spécialisé — infirmière en plaies et cicatrisation, équipe mobile, ou consultation hospitalière. Une escarre qui stagne trois semaines a besoin d’un autre regard.
- Une photographie datée à chaque réévaluation, versée au dossier. C’est le meilleur outil de suivi et cela concentre l’attention.
- La douleur traitée. Les escarres font mal, y compris chez une personne qui ne peut plus le dire ; demandez une évaluation de la douleur adaptée.
- Le matériel, tout de suite et par écrit : quel matelas, depuis quand, et qui l’a prescrit.
À qui signaler si rien ne bouge
- La direction et le médecin coordonnateur, par écrit, avec les quatre demandes et un délai.
- Le conseil de la vie sociale, si le problème dépasse votre cas — plusieurs plaies dans le même service disent quelque chose sur les effectifs de nuit.
- L’ARS et le conseil départemental, qui autorisent et contrôlent l’établissement. Une escarre grave acquise dans l’établissement peut relever du signalement d’un événement indésirable grave.
- Le 3977, numéro national contre les maltraitances envers les personnes âgées : gratuit, avec des écoutants formés et une antenne départementale qui peut vous accompagner.
- Un avis juridique si la plaie est profonde et la traçabilité absente. Faites d’abord constater l’état par un médecin extérieur à l’établissement.
Avant de choisir un établissement
Si vous cherchez encore, posez la question au cours de la visite : « Combien de résidents ont actuellement une escarre, et qui évalue le risque à l’entrée ? » Un établissement qui connaît son chiffre et vous explique sa procédure travaille dessus. Un établissement gêné par la question vient de vous répondre.
Le point pratique
Une escarre n’est pas une conséquence de l’âge : c’est une pression qui a duré. Demandez les quatre documents par écrit, exigez un avis spécialisé et des photographies datées, faites traiter la douleur — et signalez à l’ARS si la traçabilité manque.
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Les recommandations de bonne pratique en matière de prévention et de traitement des escarres, les obligations de traçabilité, les modalités de signalement des événements indésirables graves et les compétences de l’ARS et du conseil départemental évoluent régulièrement. Faites-vous aider gratuitement — le 3977, le CCAS, un délégué du Défenseur des droits — et faites établir un constat médical extérieur en cas de plaie grave. Cet article est une information générale et ne remplace ni un conseil juridique ni un avis médical. Curalune n’attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.