Quinze heures, un mercredi
Vous arrivez un mercredi à quinze heures. Votre mère est dans un fauteuil du salon commun, avec huit autres personnes, devant une télévision allumée que personne ne regarde. Personne ne parle. Sur le panneau d'affichage : loto le mardi, messe le dimanche, atelier créatif un jeudi par mois.
Vous repartez avec une gêne que vous avez du mal à formuler, et qu'on balaie généralement d'un « c'est normal, ce sont des personnes âgées ». Ce n'est pas normal, et c'est l'une des choses qui pèseront le plus sur son état dans six mois.
Pourquoi ce n'est pas une question de distraction
L'inactivité n'est pas la conséquence du déclin : elle en est un moteur. Rester assis huit heures par jour fait perdre de la masse musculaire et de l'équilibre — donc fait tomber. Somnoler l'après-midi empêche de dormir la nuit — et à ce moment-là quelqu'un propose un somnifère. N'avoir rien à faire et personne à qui parler éteint quelqu'un, et cet effacement se consigne comme « repli » ou se traite comme de l'agitation.
Tous les sujets de ce qui peut mal tourner en établissement — chutes, sommeil, humeur, traitements contre l'agitation — passent par là. Ce n'est pas la cerise sur le gâteau : cela fait partie du soin.
La distinction qui change tout
Il y a une différence entre animation collective et occupation individuelle qui a du sens, et la plupart des discussions s'enlisent parce qu'on les confond.
Le loto du mardi, c'est de l'animation collective : très bien, et ce n'est pas un projet. Ce qui compte, c'est ce que fait elle, au regard de qui elle a été. Une femme qui a cousu pendant quarante ans n'a pas besoin d'« activités » : elle a besoin de quelque chose entre les mains. Un homme qui a été maraîcher se porte mieux à s'occuper de deux pots sur la terrasse qu'à regarder un spectacle au salon.
La bonne question n'est donc pas « combien d'activités faites-vous », mais : « qu'est-ce qui est prévu pour ma mère, précisément, et qui le fait ? »
La ligne à faire inscrire au projet d'accompagnement
Le projet d'accompagnement personnalisé est l'outil français fait exactement pour cela, et il est trop souvent rempli une fois à l'entrée puis jamais rouvert. Demandez qu'il contienne :
- au moins un objectif individuel lié à ce que votre mère a été et sait encore faire ;
- qui s'en charge — une personne, pas « l'équipe » ;
- à quelle fréquence, et comment on trace que cela a eu lieu.
C'est une demande raisonnable, elle ne coûte pas un poste supplémentaire si le poste existe, et elle a un effet secondaire utile : ce qui est écrit au projet est vérifié, ce qui n'y est pas ne l'est pas.
Celles qui ne sortent pas de leur chambre
Il y a une catégorie qui disparaît de tous les registres d'animation : les personnes qui restent en chambre. Si votre mère ne descend plus — parce que c'est fatigant, parce qu'elle n'entend pas, parce qu'elle a honte de sa protection — elle n'apparaîtra jamais parmi les non-participants, puisqu'elle n'a pas été invitée.
Demandez explicitement : qu'est-ce qui est prévu pour celles qui ne sortent pas de leur chambre ? Un établissement qui a une réponse y a réfléchi. Un établissement qui n'en a pas vient de découvrir, grâce à vous, que la question existe.
Le conseil de la vie sociale
C'est l'instance française prévue pour ce sujet, et elle est sous-utilisée. Le programme d'animation, l'organisation des sorties, les horaires : tout cela entre dans son champ, et le conseil doit être consulté sur le fonctionnement de l'établissement. Poser la question là plutôt qu'au détour d'un couloir a deux avantages — elle est consignée, et vous découvrirez presque toujours que d'autres familles constatent la même chose.
Ce qu'on observe sans rien demander
- Venez un jour ordinaire à quinze heures, pas pendant une animation programmée.
- La télévision : allumée sur quelque chose que quelqu'un regarde, ou allumée, point ?
- Les mains : ont-elles quelque chose entre les mains, ou sont-elles vides ?
- Le personnel au salon : quelqu'un est avec eux, ou quelqu'un passe ?
- Le panneau : les animations du mois dernier ont-elles vraiment eu lieu ? Demandez le registre : il existe.
Six questions à poser
- Combien d'heures d'animation par semaine, et par quel professionnel ?
- Qu'est-ce qui est prévu spécifiquement pour ma mère, et qui le fait ?
- Est-ce écrit au projet d'accompagnement, avec fréquence et responsable ?
- Qu'est-ce qui est prévu pour celles qui ne sortent pas de leur chambre ?
- Puis-je voir le registre des animations du mois écoulé ?
- Combien de fois par semaine sort-elle dehors ? Personne ne la pose, et elle en dit beaucoup.
Si rien ne change
Écrivez au directeur en demandant qu'un objectif individuel soit inscrit au projet d'accompagnement lors de la prochaine révision : c'est la voie la plus efficace, parce qu'elle déplace le sujet d'une opinion vers un document. Portez la question au conseil de la vie sociale. Et si la réponse est qu'il manque du personnel, la question devient celle des moyens d'animation, et l'interlocuteur est l'Agence régionale de santé et le conseil départemental, qui financent et contrôlent.
Par où commencer
Cette semaine, faites une seule chose : passez un mercredi à quinze heures au lieu du dimanche matin, et regardez. Dix minutes au salon un jour ordinaire valent plus que trois entretiens avec la direction.
Si vous cherchez encore, demandez pendant la visite ce qui est prévu pour celles qui ne sortent pas de leur chambre. C'est la question qu'on n'attend pas, et celle qui distingue le mieux les établissements.
Si vous préférez ne pas mener ces démarches seul, nous pouvons le faire. Pour 59 €, nous reprenons la situation de votre mère, nous cherchons dans votre secteur les établissements qui répondent vraiment à ces questions, et nous vous rapportons ce qu'ils nous ont dit, avec les noms et les dates. Commencez ici
Cet article a une vocation informative. L'organisation de l'animation et les moyens varient d'un établissement à l'autre : vérifiez le projet d'établissement et le livret d'accueil. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.