« C'est l'évolution »
Il y a trois mois, votre mère allait à la salle à manger avec son déambulateur. Aujourd'hui on la pousse. Quand vous posez la question, on vous répond une variante de : « c'est l'évolution, c'est l'âge ». Parfois c'est vrai. Très souvent ce ne l'est pas, et l'explication est plus banale et plus agaçante : personne n'a organisé de kinésithérapie.
La question à poser d'abord : global ou partiel ?
Voici le point que presque aucune famille ne connaît, et il détermine tout le reste. Les EHPAD sont financés selon deux options tarifaires pour le forfait soins, et cela change qui doit organiser et payer la kinésithérapie.
- En tarif global, le forfait soins de l'établissement couvre notamment les interventions des auxiliaires médicaux, dont les kinésithérapeutes. L'organisation de la kiné relève alors de l'établissement : c'est à lui de la mettre en place, et vous n'avez rien à avancer.
- En tarif partiel, ces interventions restent à la charge de l'Assurance Maladie sur prescription : un kinésithérapeute libéral intervient dans l'établissement et facture directement. Il faut donc une prescription du médecin traitant et un professionnel qui accepte de se déplacer.
Posez la question telle quelle, par écrit, à la direction : « Votre établissement est-il au tarif global ou au tarif partiel, et qui organise la kinésithérapie dans ce cadre ? » Selon la réponse, votre interlocuteur n'est pas le même — et l'excuse « ce n'est pas nous » cesse d'être disponible.
Ce qu'il faut demander, et à qui
N'en parlez pas à une aide-soignante dans le couloir. Écrivez au médecin coordonnateur et à la direction, et demandez au médecin traitant une consultation dédiée :
- Une prescription de kinésithérapie, avec un bilan initial et un objectif écrit — maintien de la marche, prévention des chutes, prévention des rétractions.
- Le nom du kinésithérapeute qui intervient et la fréquence réelle des séances, pas la fréquence théorique.
- Ce qui figure au projet d'accompagnement personnalisé sur la mobilité, et qui l'exécute au quotidien.
- Un état des lieux daté : que faisait-elle à l'entrée, que fait-elle aujourd'hui ? Si personne n'a noté ce qu'elle savait faire en janvier, personne ne peut vous dire ce qu'elle a perdu.
Demandez aussi si l'établissement dispose d'un ergothérapeute ou d'un psychomotricien, et s'il propose de l'activité physique adaptée. Beaucoup d'EHPAD en ont, et beaucoup de résidents n'y sont jamais orientés.
Ce qui compte davantage que les séances
Deux séances de vingt minutes par semaine ne maintiennent personne debout si les six autres journées se passent au fauteuil. Ce qui décide, c'est le quotidien — et cela relève de l'accompagnement, donc de l'établissement.
Demandez que ceci soit écrit au projet personnalisé :
- aller à table à pied plutôt qu'en fauteuil, quand c'est possible en sécurité ;
- une marche quotidienne accompagnée, tracée dans le dossier ;
- être levée et habillée, pas laissée en tenue de nuit ;
- manger assise hors du lit ;
- le déambulateur à portée de main, du bon côté. La cause invisible la plus fréquente d'un arrêt de la marche, c'est l'aide technique rangée à l'autre bout de la chambre.
Si on vous dit que « ça ne sert plus à rien »
C'est faux dit ainsi. Même sans espoir d'amélioration, l'objectif clinique existe : entretenir ce qui reste et éviter l'aggravation. Ce que cela empêche est concret et irréversible :
- les rétractions — des articulations qui se figent. Une hanche ou une main enraidie rend la toilette et l'habillage douloureux, et cela ne revient pas ;
- les escarres, parce qu'un corps immobile appuie toujours au même endroit ;
- les chutes et les fractures, qui viennent de la fonte musculaire et de l'équilibre, pas de l'âge en soi ;
- les pneumopathies liées à l'alitement prolongé.
Si la prescription est refusée, demandez le motif par écrit et demandez quel est le plan alternatif contre les rétractions et le risque de chute. Rappelez-vous aussi que votre mère garde le libre choix de son médecin traitant : le médecin qui suit l'établissement n'est pas forcément le sien.
À vérifier en même temps
Regardez l'ordonnance. Les hypotenseurs, les somnifères et les neuroleptiques rendent instable. Quelqu'un qui a cessé de marcher a parfois un problème de traitement plutôt qu'un problème de muscle — c'est une demande légitime à adresser au médecin traitant et au médecin coordonnateur.
Si rien ne bouge
- Un écrit à la direction et au médecin coordonnateur, avec demande de réunion sur le projet personnalisé et une date.
- Le conseil de la vie sociale si le problème est collectif — souvent, il l'est.
- La personne qualifiée, tiers extérieur gratuit dont la liste est disponible auprès du conseil départemental et de l'ARS.
- Une réclamation à l'ARS et au conseil départemental, autorités de tarification et de contrôle — c'est aussi eux qui ont validé l'option tarifaire de l'établissement.
La question à poser avant de choisir
Si vous cherchez encore, ne demandez pas s'il y a « de la kiné » : tout le monde dit oui. Demandez : « Êtes-vous au tarif global ou partiel, combien de résidents bénéficient actuellement de séances de kinésithérapie, et qui suit les renouvellements de prescription ? » C'est la dernière partie de la question qui distingue les établissements.
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Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis médical. L'opportunité d'une prescription relève du médecin, et les modalités de prise en charge dépendent de l'option tarifaire de l'établissement et de la réglementation en vigueur. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.
Payer moins, c'est surtout une question de démarches
Ce qu'une famille paie réellement dépend moins du tarif affiché que de trois demandes. L'APA en établissement allège la part dépendance de la facture et se demande auprès du conseil départemental. L'aide sociale à l'hébergement (ASH) prend en charge une partie de l'hébergement quand les revenus ne suffisent pas — mais elle ne concerne que les places habilitées à l'aide sociale, elle est récupérable sur la succession, et elle fait intervenir l'obligation alimentaire des enfants : à vérifier avant de signer, pas après. S'y ajoutent les aides au logement (APL/ALS) et la réduction d'impôt pour frais de dépendance, oubliées par beaucoup de familles.