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Guide éditorial

Guide11 min de lecturePublié le 28/07/2026

« Elle ne dort pas, on lui a donné quelque chose » : les quinze heures de jeûne et les causes à écarter d'abord

Le plus souvent, elle ne dort pas à cause de l'organisation de la journée, pas d'un trouble du sommeil. Ce qu'il faut demander sur sa vraie nuit, les causes réversibles que personne ne cherche, et pourquoi un somnifère finit souvent par un col du fémur.

Pourquoi ce guide compte

Conçu pour réduire l’incertitude des familles qui doivent comprendre les coûts, l’urgence, les listes d’attente et les options réelles.

La phrase qu'il faut écouter attentivement

« Elle ne dort pas, on lui a donné quelque chose pour qu'elle se repose. » Cela sonne comme du soin, et souvent c'en est. Mais avant de l'accepter, posez la question que presque personne ne pose : pourquoi ne dort-elle pas ?

Parce que dans la grande majorité des cas, une femme âgée qui ne dort pas en EHPAD n'a pas de trouble du sommeil. Elle a une journée organisée de telle façon que dormir la nuit est presque impossible.

À quoi ressemble vraiment sa nuit

Demandez les transmissions de nuit de la semaine écoulée. Pas l'impression de quelqu'un : les écrits. Et vérifiez quatre choses, qui expliquent le plus souvent tout le reste.

À quelle heure on la couche et à quelle heure on la réveille. Dans beaucoup d'établissements, on couche à dix-neuf heures trente et on réveille à six heures trente, non parce qu'elle le demande mais parce que cela cadre avec les relèves. Onze heures au lit, c'est trop pour n'importe qui : le sommeil se fragmente, et à trois heures du matin elle est réveillée. Ce n'est pas de l'insomnie, c'est de l'arithmétique.

Combien de fois sa porte s'ouvre. Les rondes sont nécessaires, mais une lampe dans les yeux toutes les deux heures réveille n'importe qui. Demandez si, dans son cas, les passages peuvent être espacés ou faits sans allumer le plafonnier.

Combien elle dort dans la journée. Si elle passe l'après-midi à somnoler dans un fauteuil devant la télévision, la nuit est perdue d'avance. L'inactivité diurne et le manque de lumière naturelle sont la cause la plus fréquente et la moins traitée : une demi-heure dehors le matin vaut mieux que n'importe quelle goutte.

Le bruit. Chariots à six heures, sonnettes, une télévision allumée au poste, portes. Passez une fois à six heures du matin : vingt minutes sur place en apprennent plus que trois réunions.

Les quinze heures de jeûne

C'est le calcul que presque personne ne fait, et à lui seul il explique souvent tout. Si le dîner est à dix-huit heures et le petit-déjeuner à huit heures trente, cela fait quatorze à quinze heures sans manger. Une personne âgée se réveille au milieu de la nuit avec faim, la bouche sèche, et si elle est diabétique parfois en hypoglycémie.

La solution n'est pas un somnifère : c'est une collation du soir et quelque chose d'accessible la nuit. C'est une demande concrète, elle ne coûte presque rien, et elle peut être inscrite dans le projet d'accompagnement personnalisé. Profitez-en pour demander l'heure des diurétiques : les passer au matin plutôt qu'à l'après-midi supprime la moitié des levers pour aller aux toilettes.

Ce qu'il faut écarter avant tout

  • La douleur. Première cause et la plus négligée, surtout chez quelqu'un qui ne peut plus la dire. Demandez si la douleur a été évaluée avec une échelle d'hétéro-évaluation, ce qu'elle reçoit et à quelle heure.
  • L'envie d'uriner. Diurétiques l'après-midi, infection urinaire : tout cela se traite.
  • La gêne respiratoire en position allongée, qui oriente vers une insuffisance cardiaque et non vers une insomnie.
  • Les jambes sans repos, fréquentes chez la personne âgée et rarement diagnostiquées.
  • La dépression. Le réveil précoce en fin de nuit en est un signe classique, et cela se traite autrement.
  • Les médicaments déjà pris. Plusieurs perturbent le sommeil. La révision de l'ordonnance fait partie de la réponse.

Et si le somnifère reste sur la table

Il existe des situations où un traitement se justifie, et il ne s'agit pas de le refuser par principe. Il s'agit de savoir à quoi l'on consent.

Chez la personne âgée, les benzodiazépines et apparentés augmentent de façon documentée le risque de chutes, de fracture du col du fémur et de confusion le lendemain. C'est la raison pour laquelle la réduction de ces prescriptions chez le sujet âgé est depuis des années une priorité affichée des autorités sanitaires françaises, et pourquoi il existe des listes de médicaments potentiellement inappropriés en gériatrie. La règle est constante : mesures non médicamenteuses d'abord, puis la dose la plus faible pour la durée la plus courte, avec une date de réévaluation — et non une ligne permanente sur l'ordonnance, ce qui est pourtant ce qui arrive.

Trois questions si c'est déjà commencé :

  • Qu'est-ce qui lui est donné exactement, à quelle dose, et depuis quand ?
  • Qui l'a prescrit, et quand la réévaluation est-elle prévue ? Sans date, un traitement « temporaire » dure des années. Le médecin coordonnateur peut porter cette révision avec le médecin traitant.
  • Un arrêt progressif a-t-il été envisagé ? C'est possible, cela se fait lentement, et jamais par la famille seule.

Une précision : les neuroleptiques donnés pour l'agitation dans la démence relèvent d'un autre sujet, plus grave et avec ses propres règles. Si ce qui a été introduit est un neuroleptique et non un somnifère, c'est une autre conversation.

Six questions à poser

  1. À quelle heure la couche-t-on et la réveille-t-on, et qui l'a décidé ?
  2. Combien d'heures séparent le dîner du petit-déjeuner, et une collation est-elle proposée ?
  3. Combien de fois sa porte s'ouvre-t-elle la nuit ?
  4. La douleur a-t-elle été évaluée, et à quelle heure reçoit-elle l'antalgique ?
  5. À quelle heure les diurétiques sont-ils donnés ?
  6. Si elle prend quelque chose pour dormir : quoi, depuis quand, et quand est-ce réévalué ?

Si rien ne bouge

Écrivez au directeur en demandant que l'heure du coucher et du lever, la collation du soir et l'horaire des diurétiques figurent au projet d'accompagnement personnalisé. C'est là que ces choses deviennent opposables, et aucune ne coûte d'argent. Sans réponse, la personne qualifiée puis l'Agence régionale de santé restent les recours, et le conseil de la vie sociale est le bon endroit : l'heure du coucher n'est jamais le problème d'une seule résidente.

Par où commencer

Faites une seule chose cette semaine : demandez à quelle heure on la couche. Si la réponse est « vers dix-neuf heures trente », vous avez déjà l'explication de son réveil à trois heures — et un changement à demander qui ne nécessite aucune ordonnance.

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Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l'avis du médecin qui suit votre mère. Aucun traitement ne doit être arrêté ou modifié sans le prescripteur : l'arrêt d'un somnifère se fait progressivement et de façon accompagnée. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.

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