Une chute n'est pas un accident, c'est un événement à analyser
On vous appelle, ou on vous le dit en passant à la visite suivante : « elle est tombée, tout va bien ». Ce n'est pas une réponse. Une chute en établissement doit être consignée, déclarée en interne et évaluée — et vous avez le droit de savoir ce qui a été fait, dans quel ordre, par qui.
La première question, celle qui change tout
« A-t-elle été vue en train de tomber, ou retrouvée au sol ? »
Une chute non témoignée signifie qu'on ne sait ni comment elle est tombée, ni si elle a heurté la tête, ni depuis combien de temps elle était par terre. C'est la situation la plus risquée, et celle qui exige le plus d'examens — pas le moins.
Les 24 premières heures : ce qui doit avoir été fait
- un examen clinique complet : conscience, douleur, mobilité des hanches et des épaules, hématomes ;
- en cas de choc à la tête, une surveillance neurologique rapprochée — et si elle prend un anticoagulant (Eliquis, Xarelto, Previscan, Kardégic…), un avis médical est nécessaire même si elle a l'air bien : un saignement intracrânien peut se déclarer des heures plus tard ;
- une radio en cas de douleur, d'impossibilité de se lever ou de rotation anormale du pied (une fracture du col du fémur peut passer inaperçue chez une personne qui ne se plaint pas) ;
- la prise de la tension debout et couché ;
- une fiche de déclaration d'événement indésirable remplie — demandez-la par écrit.
Les six causes à écarter
- Les médicaments. C'est la première cause évitable : somnifères, anxiolytiques, neuroleptiques, antihypertenseurs, et surtout le nombre total de médicaments. Demandez une révision d'ordonnance au médecin coordonnateur.
- Une infection. Chez la personne âgée, une infection urinaire se manifeste souvent par une confusion et une instabilité soudaines, sans fièvre.
- L'hypotension orthostatique : la tension qui chute en se levant. Se mesure en deux minutes et se corrige souvent en ajustant un traitement.
- La vue. Lunettes perdues, cassées, ou pas à sa vue depuis deux ans. Cause banale, effet massif.
- Les chaussures et les pieds. Chaussons ouverts, semelles lisses, ongles trop longs, douleur au pied : demandez un passage de pédicure-podologue.
- L'environnement. Sonnette hors de portée, chambre non éclairée la nuit, lit trop haut, sol glissant après le ménage, trajet vers les toilettes encombré.
Le piège des barrières de lit
Si on vous propose des barrières « pour sa sécurité », sachez ceci : les barrières ne préviennent pas les chutes, elles en aggravent les conséquences. Une personne désorientée qui veut se lever passe par-dessus et tombe de plus haut. Ce sont aussi des mesures de contention, qui exigent une prescription, une justification écrite et une réévaluation régulière.
Demandez à la place : un lit très bas, un tapis de sol amortissant du côté où elle se lève, une veilleuse à détecteur, un capteur de présence qui alerte l'équipe quand elle se lève, et un accès dégagé aux toilettes.
Ce que vous pouvez exiger, par écrit
- une réévaluation du risque de chute et une mise à jour du projet d'accompagnement — pas une simple ré-signature du document existant ;
- une révision des médicaments ;
- une évaluation kiné : la rééducation de la marche et de l'équilibre réduit réellement les chutes, l'immobilisation les augmente ;
- un bilan osseux (vitamine D, ostéoporose) : c'est la fracture qu'on prévient, pas seulement la chute ;
- un plan de surveillance nocturne écrit : à quelle fréquence on passe, qui, et ce qu'on vérifie ;
- l'information systématique de la famille à chaque chute, y compris sans blessure.
Quand les chutes se répètent
Deux chutes en un mois signifient que le plan ne fonctionne pas. Si la réponse reste « elle est instable », demandez une réunion écrite avec le médecin coordonnateur et l'infirmière cadre. Le conseil de la vie sociale (CVS) existe dans chaque établissement, et une plainte peut être portée à l'ARS et au conseil départemental, qui contrôlent l'établissement.
Si l'établissement ne peut pas surveiller la nuit
Une personne qui se lève seule la nuit a besoin d'un effectif de nuit suffisant. Demandez le chiffre : combien de soignants pour combien de résidents entre 21 h et 7 h. C'est le nombre le plus rarement donné spontanément et le plus révélateur. S'il ne permet pas de la surveiller, l'établissement n'est pas adapté à son niveau de risque.
Aide Curalune (59 €) prépare sous 24 heures ouvrées une sélection de 3 à 5 établissements adaptés, avec les questions à poser — dont l'effectif de nuit, la prévention des chutes et la politique de contention.
*Informations générales, qui ne remplacent pas un avis médical. Après un choc à la tête, en particulier sous anticoagulant, un avis médical est nécessaire sans attendre.*