L'appel dure quarante secondes. « Votre mère a fait une petite chute cette nuit, elle va bien, on voulait juste vous prévenir. » Vous raccrochez, soulagé. Et vous n'avez appris presque rien.
Une chute n'est pas un incident isolé : c'est une information clinique. La première chute multiplie le risque des suivantes, et la chute qui n'est pas analysée se répète. Ce que vous demandez dans les 48 heures change ce qui se passera le mois suivant.
1. Les questions à poser tout de suite
Posez-les au téléphone, calmement, et notez les réponses avec la date.
- Quand exactement, et où ? Une chute à 3 h du matin dans la chambre, en allant aux toilettes, n'a rien à voir avec une chute à 15 h dans le couloir.
- Est-ce qu'on l'a trouvée par terre, ou est-ce qu'on l'a vue tomber ? « Trouvée » veut dire qu'on ignore depuis combien de temps elle était au sol. C'est la question la plus importante et la moins posée.
- A-t-elle été examinée par un soignant, et par un médecin ? Par qui, à quelle heure ?
- Y a-t-il eu un passage aux urgences ou une radio ? Sinon, sur quels critères a-t-on décidé de ne pas y aller ?
- Est-ce qu'elle a mal, et que lui a-t-on donné ?
- Est-ce la première fois ? Demandez le nombre de chutes des trois derniers mois. La réponse est presque toujours plus élevée que ce que vous pensiez.
- Qu'est-ce qui a été changé depuis ? Si la réponse est « rien », vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Une fracture du col du fémur ne se voit pas toujours : une personne peut marcher avec une fracture engrenée. Une hémorragie cérébrale sous anticoagulant peut se déclarer 24 à 72 heures plus tard. Si elle prend un anticoagulant, dites-le et demandez explicitement ce qui a été prévu pour surveiller.
2. Ce qui doit être écrit
En EHPAD, une chute doit être tracée dans le dossier de soins : circonstances, heure, constatations, conduite tenue. Vous pouvez demander à consulter le dossier médical de votre parent si vous êtes la personne de confiance désignée, ou en tant qu'ayant droit dans les cas prévus par la loi. En pratique, la formulation qui fonctionne est simple : « Je vous demande de me confirmer par écrit ce qui a été noté dans le dossier au sujet de cette chute. »
Le médecin coordonnateur de l'établissement est votre interlocuteur pour la partie clinique. Le directeur l'est pour l'organisation. Ne mélangez pas les deux : vous obtiendrez des réponses plus précises.
Quand la chute a des conséquences graves, l'établissement doit procéder à une déclaration d'événement indésirable grave auprès de l'ARS et du conseil départemental. Vous pouvez demander si cette déclaration a été faite.
3. Le bilan de chute : ce qui doit suivre
Une chute isolée qu'on classe « accident » est une occasion manquée. Un vrai bilan cherche des causes modifiables :
- Les médicaments. C'est le premier levier, et de loin. Psychotropes, somnifères, anxiolytiques, antihypertenseurs, antidiabétiques : demandez une révision de l'ordonnance. La question à poser au médecin traitant est : « Y a-t-il un traitement qu'on pourrait alléger ? »
- La tension debout-couché. Une hypotension orthostatique se mesure en trois minutes et explique une chute sur cinq.
- La vue et l'audition. Quand la dernière consultation ophtalmologique a-t-elle eu lieu ? Les lunettes sont-elles à la bonne correction — et sont-elles seulement retrouvées ?
- Les pieds et les chaussures. Ongles, cors, chaussons ouverts à l'arrière : personne ne regarde ses pieds explique pourquoi ce détail banal est un facteur de chute majeur.
- La marche et l'équilibre. Un passage du kinésithérapeute, un déambulateur adapté et réglé à la bonne hauteur, un exercice quotidien.
- L'environnement. Éclairage nocturne, hauteur du lit, barre d'appui, accès aux toilettes, sonnette à portée de main et — surtout — délai de réponse à la sonnette la nuit.
- L'infection urinaire et la déshydratation, qui provoquent confusion et chutes chez la personne âgée, et qu'on ne cherche pas systématiquement.
4. Ce qu'on va peut-être vous proposer — et qui n'est pas une solution
Les barrières de lit. Elles ne réduisent pas les chutes : elles augmentent la gravité de celles qui se produisent, parce qu'on tombe de plus haut. Elles relèvent d'une prescription médicale et d'une réévaluation.
La contention. Attacher quelqu'un au fauteuil est une mesure de dernier recours, prescrite, limitée dans le temps, réévaluée, et notée. Ce n'est jamais une réponse à un manque de personnel la nuit. Si on vous l'annonce comme une évidence, demandez la prescription, la durée prévue et la date de réévaluation.
« On va la mettre plus près du bureau des infirmières. » Utile, mais ce n'est pas un bilan de chute.
5. Les chutes à répétition disent autre chose
Trois chutes en deux mois ne sont pas de la malchance. Elles signalent en général l'une de ces choses : un traitement à revoir, une maladie évolutive qu'on n'a pas encore nommée, un besoin de surveillance qui dépasse ce que l'établissement met en place la nuit, ou un syndrome post-chute — cette peur de tomber qui fige la marche et provoque, elle aussi, des chutes.
C'est le moment de demander un rendez-vous formel : médecin coordonnateur, cadre de santé, vous. Par écrit, avec une date. Et de poser la question qui compte : « Avec l'effectif de nuit dont vous disposez, êtes-vous en mesure d'assurer la surveillance dont elle a besoin ? » La réponse honnête, quand elle vient, vous dit si l'établissement est encore le bon.
6. Si rien ne bouge
Dans l'ordre, et par écrit à chaque étape
- Le directeur de l'établissement, par courrier ou par mail, avec les dates et les faits.
- Le conseil de la vie sociale (CVS) : les représentants des familles y siègent, et les chutes nocturnes y sont un sujet légitime.
- L'ARS et le conseil départemental, qui contrôlent conjointement les EHPAD.
- Le Défenseur des droits, si la situation reste bloquée.
Gardez les faits, les dates, les noms. Un courrier daté qui décrit trois chutes et demande ce qui a été modifié obtient plus qu'une conversation dans un couloir.
7. Rester ou changer d'établissement
Un déménagement désoriente, surtout en cas de troubles cognitifs, et ce n'est pas la première réponse. Mais si les chutes se répètent, si l'effectif de nuit ne permet pas la surveillance nécessaire et si rien ne change après une demande écrite, alors chercher ailleurs n'est pas une trahison : c'est la suite logique.
Menez les deux pistes en parallèle — la demande à l'établissement d'un côté, les alternatives de l'autre.
Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : APA, aide sociale à l'hébergement, obligation alimentaire, recours.
Curalune Aide (59 €) prépare en général sous 24 heures ouvrées une sélection ordonnée de 3 à 5 établissements adaptés à votre secteur — avec les contacts, un message prêt à envoyer et les questions à poser sur l'effectif de nuit et la prévention des chutes.
*Informations générales, pas un avis médical. L'admission, les tarifs et les disponibilités sont toujours confirmés par les établissements et les autorités compétentes. En cas d'urgence : 15.*