Le mois où tout se superpose
Les vagues de chaleur arrivent au moment où l'établissement est le plus dégarni : congés d'été, remplaçants qui ne connaissent pas les résidents, médecin traitant en vacances, familles absentes. C'est précisément le moment où une dame de quatre-vingt-huit ans sous diurétique, qui ne ressent plus la soif, aurait besoin qu'on la regarde trois fois par jour.
Cet article ne sert pas à vous inquiéter. Il sert à vous donner six questions à poser maintenant, parce qu'une fois l'alerte déclenchée, il est trop tard pour s'organiser.
Le Plan bleu : ce que 2003 a laissé derrière lui
La France a une particularité que peu de pays européens ont, et elle vient d'une catastrophe. Après la canicule de 2003, chaque établissement accueillant des personnes âgées a été tenu de se doter d'un Plan bleu : un dispositif de gestion de crise, écrit, qui désigne un responsable, définit les moyens mobilisables, prévoit le rappel de personnel et organise la conduite à tenir en cas d'événement exceptionnel — dont la canicule.
Avec, en pratique, deux obligations très concrètes que vous pouvez vérifier vous-même :
- l'existence d'une pièce rafraîchie — un local dont la température est maintenue nettement en dessous de la température extérieure, où les résidents peuvent être installés pendant les heures les plus chaudes ;
- une convention avec un établissement de santé, pour organiser les hospitalisations sans passer par les urgences quand c'est évitable.
Ne demandez donc pas « avez-vous un plan canicule ? ». On vous répondra oui. Demandez : quelle est la pièce rafraîchie, quelle température y est maintenue, combien de résidents peuvent y être installés en même temps, et pendant combien d'heures par jour ma mère y est-elle ? Une salle de vingt places dans un établissement de quatre-vingts résidents n'est pas une réponse : c'est un problème de roulement que quelqu'un doit avoir résolu par écrit.
Les alertes sont publiques
La vigilance météorologique par département — jaune, orange, rouge — est publique, et la gestion sanitaire des vagues de chaleur est organisée dans le cadre du dispositif ORSEC, avec des mesures qui montent en puissance selon le niveau. Vous pouvez consulter la vigilance du département où se trouve l'établissement, qui n'est pas nécessairement celui où vous êtes.
La question utile devient alors : à quel niveau de vigilance le Plan bleu se déclenche-t-il, qu'est-ce qui change concrètement par rapport à un jour ordinaire, et qui le déclenche quand le directeur est en congé ? Un plan dont personne ne sait qui l'active un 14 août n'est pas un plan.
Les médicaments : la partie que personne ne revoit
C'est l'angle le plus négligé et le plus facile à corriger. Plusieurs classes très courantes chez les résidents augmentent le risque pendant une vague de chaleur : les diurétiques, qui aggravent la déshydratation ; les neuroleptiques et divers psychotropes, qui perturbent la thermorégulation ; les anticholinergiques, qui réduisent la sudation ; certains antihypertenseurs, qui, combinés à la vasodilatation due à la chaleur, font chuter la tension.
Cela ne veut pas dire qu'il faut les arrêter — les arrêter soi-même est dangereux et ce n'est pas une décision de la famille. Cela veut dire que l'ordonnance doit être réexaminée quand l'alerte arrive, avec ajustement des doses et des horaires. Demandez explicitement : le traitement de ma mère a-t-il été revu en fonction de la chaleur, et par qui ? Dans la plupart des cas la réponse honnête sera non, et la question suffira à déclencher la révision.
Ce qui doit changer un jour d'alerte
Un dispositif qui fonctionne se reconnaît à peu de choses, toutes vérifiables :
- Hydratation surveillée : pas une carafe posée sur la table de nuit de quelqu'un qui ne peut pas se lever, mais des passages avec traçabilité de ce qui a réellement été bu. Pour les personnes ayant des troubles de la déglutition, de l'eau gélifiée disponible en quantité.
- Température corporelle relevée plus souvent chez les résidents à risque, pas seulement à la demande.
- Poids suivi : une perte rapide en quelques jours d'été est une déshydratation jusqu'à preuve du contraire.
- Activités déplacées hors des heures chaudes plutôt qu'annulées — l'immobilité a un coût, elle aussi.
- Vêtements et literie adaptés : il arrive qu'on continue à mettre la couverture parce que c'est celle qui est dans l'armoire.
- Seuil d'appel au médecin abaissé, avec des critères écrits : confusion nouvelle, somnolence inhabituelle, urines rares, peau sèche.
Reconnaître le coup de chaleur
Chez une personne âgée, il ne ressemble pas à « elle a chaud ». Il ressemble à une confusion soudaine, une somnolence, une faiblesse, parfois une peau chaude et sèche sans transpiration. Si votre mère est dans cet état, ce n'est pas « la chaleur qui la fatigue un peu » : c'est une urgence, et on appelle le 15.
Six questions à poser
- Où est la pièce rafraîchie, à quelle température, et combien de temps ma mère y passe-t-elle chaque jour ?
- À quel niveau de vigilance le Plan bleu se déclenche-t-il, et qui le déclenche en août ?
- Avec quel établissement de santé avez-vous conventionné ?
- Comment tracez-vous ce qu'elle boit réellement, et qui vérifie ?
- Son traitement a-t-il été revu en fonction de la chaleur, et par qui ?
- Quel est l'effectif réel en août par rapport à mars ? C'est le chiffre qui explique presque tout le reste.
Si rien ne bouge
Écrivez au directeur : une question, une date. Sans réponse, vous pouvez saisir la personne qualifiée dont la liste départementale vous a été remise avec le livret d'accueil, puis l'Agence régionale de santé — qui, en période de vigilance, suit précisément ces sujets — et le conseil départemental. Le conseil de la vie sociale est le bon endroit pour poser une question qui, en plein été, n'est jamais seulement la vôtre.
Par où commencer
Si votre mère est déjà en établissement, envoyez ces six questions par écrit aujourd'hui, pas fin août. Une demande écrite en juillet obtient des réponses ; la même demande après un incident obtient des justifications.
Si vous cherchez encore, vous avez un avantage rare : vous visitez au moment de l'année où les limites d'un établissement sont visibles. Si vous préférez ne pas mener ces démarches seul, nous pouvons le faire. Pour 59 €, nous reprenons la situation de votre mère, nous cherchons dans votre secteur les établissements qui répondent vraiment à ces questions, et nous vous rapportons ce qu'ils nous ont dit, avec les noms et les dates. Commencez ici
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical sur votre situation. Aucun traitement ne doit être arrêté ou modifié sans le médecin. Les dispositifs et les seuils évoluent d'une saison à l'autre : vérifiez auprès de l'établissement et de l'ARS. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.