Vous la trouvez différente. Somnolente à onze heures du matin, la voix pâteuse, le regard qui n'accroche pas. Elle marche moins bien. Elle s'endort dans le fauteuil. Vous demandez, et on vous répond : « Elle était agitée, le médecin lui a donné quelque chose pour la calmer. »
Ce « quelque chose » a un nom, une ordonnance, un motif et — c'est le point — une date de réévaluation. Si personne ne peut vous les donner, le problème n'est pas le médicament. C'est que personne ne le surveille.
1. Ce qu'est une contention chimique
Un médicament qui traite un symptôme, c'est un traitement. Le même médicament donné pour que la personne reste tranquille, n'appelle pas, ne se lève pas, ne dérange pas, c'est une contention — sauf qu'au lieu d'une ceinture on utilise un comprimé.
La différence n'est pas dans la molécule : elle est dans la finalité. Et une seule question les sépare : *quel symptôme traite-t-on ?* Si la réponse est « elle était agitée en soirée pis on est peu nombreux la nuit », c'est de l'organisation, pas de la médecine.
Disons-le honnêtement : parfois un médicament est vraiment nécessaire. Un delirium, une douleur incontrôlable, une détresse qui rend tout soin impossible. Le point, c'est que ça doit être une décision clinique documentée, pas un raccourci d'organisation.
2. Les signes que quelque chose a changé
- elle est somnolente le jour ;
- la voix est pâteuse ;
- elle marche moins bien, chancelle — et souvent les chutes commencent ;
- elle ne mange pas, ou s'endort pendant le repas ;
- le regard est vide ;
- elle est raide, a des tremblements ou des mouvements anormaux de la bouche ou de la langue — ce sont des effets des antipsychotiques, à signaler tout de suite ;
- et le signe le plus simple : un médicament nouveau est apparu que personne n'a expliqué.
3. Les sept questions
Par écrit, au chef d'unité et au médecin traitant.
- Quel médicament, quelle dose, depuis quand ?
- Qui l'a prescrit ?
- Pour quel symptôme précis ? « Agitation » n'est pas un diagnostic.
- Quelles causes réversibles ont été écartées avant ?
- Quelles approches non pharmacologiques ont été essayées, et pendant combien de temps ?
- Quand est-ce réévalué ?
- Qui a consenti, et sur la base de quelle information ?
4. Les causes qu'on cherche *avant* de sédater
L'agitation soudaine chez une personne atteinte de démence est presque toujours un symptôme, pas un caractère :
- la douleur — la cause la plus fréquente et la plus manquée : qui ne peut pas dire « j'ai mal à la hanche » le dit en criant ou en frappant. On la cherche avec des grilles d'observation pour les personnes qui ne parlent plus ;
- l'infection urinaire, qui se manifeste par de la confusion avant la fièvre ;
- la constipation, banale et très fréquente ;
- la rétention urinaire ;
- la déshydratation ;
- un autre médicament, ajouté ou cessé récemment ;
- l'audition et la vue ;
- l'environnement : bruit, changement de chambre, personnel nouveau, fin d'après-midi.
La question qui résume tout : « Avant de commencer, est-ce qu'on a écarté la douleur, l'infection urinaire et la constipation ? »
5. La loi québécoise nomme la substance chimique
C'est le levier, et il est explicite là où ailleurs il faut l'interpréter.
La Loi sur les services de santé et les services sociaux encadre les mesures de contrôle — et elle en nomme trois : la contention, l'isolement et la substance chimique. Autrement dit, au Québec, un médicament donné pour contrôler un comportement porte un nom juridique et obéit aux mêmes règles qu'une ceinture.
Ces mesures doivent être
- exceptionnelles et utilisées uniquement pour empêcher de s'infliger ou d'infliger à autrui des lésions ;
- minimales et temporaires ;
- appliquées selon un protocole écrit que l'établissement doit avoir adopté et rendu public ;
- documentées au dossier et réévaluées.
La phrase qui fonctionne : « Ce médicament est-il utilisé comme mesure de contrôle au sens de la loi ? Si oui, je demande le protocole, la note au dossier et la date de réévaluation. »
Ajoutons que les antipsychotiques dans la démence relèvent largement d'un usage hors indication, avec une augmentation connue du risque d'AVC et de mortalité. Dose minimale, durée la plus courte, réévaluation planifiée.
6. Le consentement
Si elle est apte, la décision est la sienne. Sinon, c'est le consentement substitué : mandataire, tuteur ou curateur, à défaut le conjoint, à défaut un proche parent. Et depuis la réforme de 2022, les mesures de protection doivent respecter sa volonté et ses préférences.
7. Ce que vous pouvez demander concrètement
- la feuille d'administration des médicaments et l'accès au dossier via le représentant ;
- une révision complète de la médication par le pharmacien de l'établissement : combien de médicaments au total ? Les benzodiazépines augmentent nettement le risque de chute ;
- que ce soit inscrit au plan d'intervention, avec un objectif et une date ;
- un essai de diminution graduelle, si le médicament est là depuis des mois. En sevrage, jamais d'un coup.
8. Si les réponses ne viennent pas
- le chef d'unité, puis la direction, par écrit ;
- le médecin traitant ;
- le comité des usagers, qui voit passer les mêmes situations ;
- le commissaire aux plaintes et à la qualité des services : gratuit, encadré par des délais, indépendant ;
- le Protecteur du citoyen, en deuxième instance.
Un fait objectif pèse plus que n'importe quelle discussion : si les chutes ont augmenté après l'introduction du médicament, écrivez-le. Les questions à poser après une chute sont ici : elle est tombée en CHSLD.
9. Quand ce n'est pas le bon milieu
Un milieu capable de vous dire médicament, motif, alternatives essayées et date de réévaluation fait son travail. Un qui dit « elle était agitée » et change de sujet, non.
Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : contribution de l'usager, exonération, demande d'hébergement, révision.
Curalune Aide (99 $) prépare en général sous 24 heures ouvrables une sélection ordonnée de 3 à 5 milieux adaptés à sa région — avec les contacts et les questions à poser sur l'unité prothétique, le personnel de nuit et l'usage des psychotropes.
*Informations générales, pas un avis médical. Aucun médicament ne doit être modifié ou cessé sans le médecin qui suit la personne.*