L'appel dure quarante secondes. « Votre mère a fait une petite chute cette nuit, elle va bien, on voulait juste vous avertir. » Vous raccrochez soulagé — et vous n'avez appris à peu près rien.
Une chute n'est pas un incident isolé : c'est une information clinique. La première chute augmente nettement le risque des suivantes, et la chute que personne n'analyse se répète. Ce que vous demandez dans les 48 heures change ce qui va se passer le mois prochain.
1. Les questions à poser tout de suite
Posez-les au téléphone, calmement, et notez les réponses avec la date.
- Quand exactement, et où ? Une chute à 3 h du matin dans sa chambre, en allant à la salle de bain, n'a rien à voir avec une chute à 15 h au salon.
- L'a-t-on trouvée par terre, ou l'a-t-on vue tomber ? « Trouvée » veut dire que personne ne sait depuis combien de temps elle était au sol. C'est la question la plus importante et la moins posée.
- Qui l'a évaluée, et à quelle heure ? Une préposée, l'infirmière de garde, le médecin ?
- A-t-on vérifié un traumatisme crânien ou une fracture — et sinon, sur quelle base a-t-on décidé de ne pas le faire ?
- A-t-elle mal, et que lui a-t-on donné ?
- Est-ce la première fois ? Demandez le nombre de chutes des trois derniers mois. La réponse est presque toujours plus élevée que ce que vous pensiez.
- Qu'est-ce qui a changé depuis ? Si la réponse est « rien », vous savez à quoi servira le reste de la semaine.
Deux précisions importantes. Une fracture de la hanche n'empêche pas toujours de marcher : les fractures engrenées passent inaperçues pendant des jours. Et si elle prend un anticoagulant, un choc à la tête exige un seuil beaucoup plus bas pour l'imagerie. Dites-le explicitement et demandez quelle surveillance neurologique a été prescrite.
2. La divulgation n'est pas une faveur
C'est le point que la plupart des familles ignorent. Au Québec, tout accident survenu à un usager doit faire l'objet d'un rapport d'incident ou d'accident (le formulaire AH-223), versé au dossier. Et la loi impose davantage : l'établissement doit divulguer à l'usager ou à son représentant les faits, les conséquences, et les mesures prises pour que cela ne se reproduise pas.
Autrement dit, vous avez droit à un compte rendu, pas à un appel de quarante secondes. La formule qui fonctionne : « Je demande la divulgation prévue par la loi, et je veux savoir quelles mesures ont été mises en place. »
À côté de cela
- Le comité de gestion des risques de l'établissement analyse les accidents et recommande des mesures. Les chutes à répétition sont exactement son mandat.
- Le plan d'intervention doit être révisé après un changement significatif. Vous pouvez demander une rencontre plutôt que d'attendre la révision annuelle.
- Le comité des usagers existe dans chaque établissement, il est indépendant, et il peut vous accompagner.
3. Ce que doit contenir une vraie analyse de chute
Une chute classée « accident » est une occasion manquée. Une vraie analyse cherche des causes modifiables :
- La médication. Le premier levier, et de loin. Sédatifs, somnifères, antipsychotiques, antihypertenseurs, antidiabétiques augmentent tous le risque. Demandez une révision de la médication par le pharmacien de l'établissement, avec une question précise : « Qu'est-ce qu'on peut réduire ? »
- La pression artérielle couchée-debout. Trois minutes, et cela explique une grande part des chutes.
- La vue et l'audition. Quand a eu lieu le dernier examen ? Les lunettes sont-elles à la bonne prescription — et arrive-t-on seulement à les retrouver ?
- Les pieds et les chaussures. Ongles, cors, pantoufles ouvertes à l'arrière : un détail banal qui est un facteur de chute majeur.
- La force et l'équilibre. Une évaluation en physiothérapie, une marchette réellement ajustée à sa taille, du mouvement quotidien plutôt qu'un groupe hebdomadaire.
- L'environnement et la nuit. Éclairage, hauteur du lit, barres d'appui, trajet vers la salle de bain, cloche à portée de main — et surtout le délai de réponse à la cloche la nuit.
- L'infection urinaire et la déshydratation, qui provoquent confusion et chutes chez la personne âgée et qu'on ne cherche pas systématiquement.
4. Ce qu'on va peut-être vous proposer — et qui n'est pas une solution
Les ridelles de lit. Elles ne réduisent pas les chutes : elles en augmentent la gravité, parce qu'on tombe de plus haut.
La contention. Au Québec, les mesures de contrôle — contention, isolement, substance chimique — sont encadrées par la loi : elles doivent être exceptionnelles, minimales, temporaires, appliquées selon un protocole, documentées et réévaluées. Ce n'est jamais une réponse au manque de personnel la nuit. Si un nouveau médicament apparaît après une chute, demandez lequel, pourquoi, et quand il sera réévalué.
« On va la rapprocher du poste. » Utile, mais ce n'est pas une analyse de chute.
5. Les chutes à répétition disent autre chose
Trois chutes en deux mois, ce n'est pas de la malchance. Cela signale en général l'une de ces quatre choses : une médication à revoir, une maladie qu'on n'a pas encore nommée, un besoin de surveillance qui dépasse ce que le milieu offre la nuit, ou un syndrome post-chute — cette peur de tomber qui raidit la marche et provoque, elle aussi, des chutes.
C'est le moment de demander une rencontre formelle, par écrit, avec une date, et de poser la question qui compte : « Avec le personnel dont vous disposez la nuit, êtes-vous en mesure d'assurer sa surveillance ? » La réponse honnête, quand elle vient, vous dit si le milieu convient encore. La différence entre les milieux est expliquée ici : CHSLD ou RPA, quelle différence.
6. Si rien ne bouge
Dans l'ordre, et par écrit à chaque étape
- Le ou la chef d'unité, puis la direction de l'établissement, par courriel, avec les dates et les faits.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CISSS ou du CIUSSS : c'est un recours gratuit, encadré par des délais, et il n'a pas besoin de l'accord de l'établissement.
- Le Protecteur du citoyen, en deuxième instance, si la réponse du commissaire ne vous satisfait pas.
- La Ligne Aide Abus Aînés — 1 888 489-2287, s'il y a un doute de maltraitance ou de négligence.
- La police, en cas de négligence grave.
7. Rester ou demander un transfert
Un déménagement désoriente, surtout en cas de troubles cognitifs, et ce n'est pas la première réponse — d'autant que les places ne se libèrent pas vite. Mais si les chutes se répètent, si le personnel de nuit ne permet pas la surveillance nécessaire et si rien ne change après une demande écrite, alors demander un transfert n'est pas une trahison : c'est la suite logique.
Menez les deux pistes en parallèle — la plainte d'un côté, les solutions de rechange de l'autre.
Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : contribution de l'usager, exonération, demande d'hébergement, révision.
Curalune Aide (99 $) prépare en général sous 24 heures ouvrables une sélection ordonnée de 3 à 5 milieux adaptés à sa région et à ses besoins — avec les contacts, un message prêt à envoyer et les questions à poser sur le personnel de nuit et la prévention des chutes.
*Informations générales, pas un avis médical. L'admission, les tarifs et les disponibilités sont toujours confirmés par les établissements et les instances compétentes. En cas d'urgence : 911.*