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Guide éditorial

Maison de repos11 min de lecturePublié le 02/08/2026

Trop de médicaments en maison de repos : qui revoit l’ordonnance, et comment demander une révision

Elle est entrée avec huit médicaments, un an plus tard elle en prend quatorze. Personne n’a jamais rien retiré : on ajoute, on ne soustrait pas. Comment demander — et obtenir — une révision complète du traitement en Belgique, à qui s’adresser et quels mots employer.

Pourquoi ce guide compte

Conçu pour réduire l’incertitude des familles qui doivent comprendre les coûts, l’urgence, les listes d’attente et les options réelles.

Prenez le schéma de médication de votre mère et comptez les lignes. Au-delà de cinq, vous êtes dans la moyenne. Au-delà de dix, vous êtes dans une situation qui porte un nom précis en médecine — la polymédication — et qui constitue en elle-même un facteur de risque, au même titre que le tabac ou l’hypertension.

Le mécanisme est presque toujours le même, et ce n’est la faute de personne en particulier. Elle est entrée avec huit médicaments. Puis une nuit agitée, et on a ajouté quelques gouttes pour dormir. Puis une douleur de hanche et un anti-inflammatoire. Puis un protecteur gastrique pour couvrir l’anti-inflammatoire. Le cardiologue ajoute, le rhumatologue ajoute, les urgences ajoutent après une chute. Chaque prescription prise isolément est raisonnable. Personne n’a pour mission de regarder la liste entière et d’en retirer.

Cet article explique comment demander cette révision, à qui, quoi apporter et quels mots employer pour qu’elle ait vraiment lieu.

La cascade de prescription, ou comment un comprimé en génère deux

Il existe un phénomène qu’il vaut la peine de connaître, parce qu’une fois vu on ne peut plus l’ignorer : la cascade de prescription.

Cela fonctionne ainsi. Un médicament pour la tension provoque un gonflement des chevilles. Le gonflement est interprété comme un problème nouveau et on ajoute un diurétique. Le diurétique la fait se lever trois fois par nuit. Les levers nocturnes conduisent à une chute. Après la chute, on ajoute un sédatif « pour qu’elle soit tranquille ». Le sédatif augmente la confusion et le risque de tomber.

Quatre médicaments, dont trois n’existent que pour traiter les effets du premier. C’est plus fréquent qu’il n’y paraît, et le reconnaître, c’est la moitié du travail : chaque fois qu’un symptôme nouveau apparaît, la première question devrait être « est-ce que cela peut être un médicament ? », et non « quel médicament ajoute-t-on ? ».

Les signes qui disent « regardons l’ordonnance »

Avant de tout attribuer à l’âge ou à la démence, demandez-vous si quelque chose de nouveau est apparu ces derniers mois :

  • une confusion ou une désorientation apparue ou aggravée assez rapidement
  • une somnolence en journée, la tête qui tombe, des difficultés à rester éveillée après le repas
  • des chutes, ou ce pas hésitant que les familles décrivent par « elle marche mal depuis quelque temps »
  • une perte d’appétit, la bouche sèche, une constipation tenace
  • des vertiges au lever
  • une dégradation qui a commencé après une hospitalisation — le moment où les traitements sont le plus souvent modifiés

Aucun de ces signes ne *prouve* que les médicaments sont en cause. Mais chacun justifie une question.

Le document à demander, et la colonne qui révèle tout

Demandez par écrit le schéma de médication complet et à jour : molécule, dose, horaire, indication, date d’instauration et prescripteur.

C’est cette colonne des dates qui révèle tout. Les gouttes pour dormir introduites « pour quelques jours » au mois de mars il y a deux ans et jamais réévaluées depuis sont la ligne la plus fréquente de toutes, et la plus facile à corriger.

Demandez aussi qui est responsable du traitement. En maison de repos, le résident garde en principe le libre choix de son médecin traitant, et c’est lui qui prescrit ; l’établissement dispose par ailleurs d’un médecin coordinateur et conseiller (MCC), dont le rôle inclut la politique du médicament et la concertation entre les médecins traitants de la maison. C’est la source d’équivoque la plus fréquente — chacun pense que l’autre révise, et entre les deux personne ne révise.

Les médicaments qui méritent le plus d’attention chez la personne âgée

Ce n’est pas une liste de choses à retirer — cela, seul un médecin en décide. C’est la liste de ce sur quoi il vaut la peine de poser des questions, parce que la littérature gériatrique les signale comme les plus problématiques après septante-cinq ans :

  • Benzodiazépines et somnifères : ils augmentent le risque de chute et dégradent la mémoire et la vigilance. La Belgique en est d’ailleurs l’un des plus gros consommateurs d’Europe chez les personnes âgées, et des campagnes de sevrage progressif existent précisément pour cette raison. Ce sont aussi les plus difficiles à arrêter : la baisse doit être progressive, jamais brutale.
  • Neuroleptiques en cas de démence : prescrits pour l’agitation ou l’agressivité, ils augmentent dans les démences le risque d’AVC et de mortalité. Les recommandations ne les admettent que sur des périodes courtes et avec réévaluation — pas « depuis des mois, parce qu’elle était agitée ». Demandez la date de la prochaine réévaluation.
  • Médicaments anticholinergiques : de nombreux antihistaminiques, certains antidépresseurs anciens, des traitements de la vessie hyperactive. Pris ensemble, ils additionnent une « charge anticholinergique » qui embrouille, assèche la bouche et bloque le transit.
  • Anti-inflammatoires (AINS) pris en continu : ils pèsent sur les reins, l’estomac et la tension, et chez la personne âgée les reins fonctionnent déjà moins bien.
  • Inhibiteurs de la pompe à protons (les protecteurs gastriques) poursuivis des années sans raison actuelle : très souvent débutés pour couvrir un autre médicament, et jamais arrêtés quand ce médicament l’a été.
  • Antidiabétiques et antihypertenseurs trop agressifs : chez une personne de nonante ans, une glycémie ou une tension « parfaites » peuvent faire plus de mal que de bien. C’est le principe de la déprescription : quand l’âge et l’état changent, l’objectif thérapeutique change aussi.

Il existe des listes internationales de médicaments à utiliser avec prudence chez la personne âgée, que les médecins connaissent bien. Les citer ne sert à rien : ce qui sert, c’est de demander une révision structurée et une date.

L’atout belge : le pharmacien de référence et le schéma de médication

Un patient chronique peut désigner un pharmacien de référence. Ce n’est pas une formalité : ce pharmacien tient à jour un schéma de médication complet, tous prescripteurs confondus, et peut le partager avec le médecin traitant. C’est exactement le document qui manque dans la plupart des situations décrites ici, et sa constitution est prise en charge.

Il existe par ailleurs des entretiens d’accompagnement au bon usage des médicaments en pharmacie, et une concertation médico-pharmaceutique organisée dans de nombreuses maisons de repos, où médecins et pharmacien revoient ensemble les prescriptions de l’établissement. Demander si la maison y participe est une question qui en dit long sur le sérieux de la surveillance clinique.

Le meilleur moment pour la demander

Après une hospitalisation. Au retour, le traitement a presque toujours changé, souvent sans que personne ait comparé la nouvelle liste avec l’ancienne. Demandez explicitement la conciliation médicamenteuse entre le traitement d’avant l’hospitalisation et celui de sortie, et demandez-la par écrit : c’est le moment où les doublons s’accumulent le plus.

Les autres moments utiles : après une chute, après un épisode confusionnel, après une perte de poids, et à chaque actualisation du plan de soins.

À qui demander, dans l’ordre

1. Le médecin traitant. C’est lui qui prescrit et qui a la vision la plus complète, puisque toutes les ordonnances passent par lui. Si la maison de repos a un MCC, il peut relayer la demande auprès des médecins traitants.

2. Le pharmacien de référence, avec le schéma de médication décrit plus haut. C’est la ressource la plus sous-estimée : c’est le seul professionnel qui voit tout ce qui est réellement délivré, spécialistes compris.

3. Le gériatre. C’est le seul spécialiste formé précisément pour regarder l’ensemble plutôt qu’un organe. Si la situation est complexe, une consultation gériatrique vaut mieux que trois consultations spécialisées séparées.

4. Le renouvellement des traitements chroniques. Les traitements au long cours se renouvellent périodiquement : c’est une occasion naturelle de tout remettre en question, et elle passe souvent inaperçue.

Comment le demander, concrètement

La différence entre une demande qui aboutit et une demande qui se perd tient entièrement à la forme. Ne demandez pas « elle ne prend pas trop de médicaments ? » — c’est une opinion, et une opinion se réfute.

Demandez un rendez-vous dédié et apportez trois choses : la liste complète (y compris compléments alimentaires, gouttes, collyres et médicaments sans ordonnance, qui manquent presque toujours des listes officielles), la liste des symptômes nouveaux avec leurs dates, et cette question :

> « Je voudrais une révision complète du traitement. Pour chaque médicament : pourquoi le prend-elle, depuis quand, et y a-t-il encore une raison de le poursuivre aujourd’hui ? »

C’est une question à laquelle un médecin peut répondre, et elle est formulée comme une demande clinique et non comme un soupçon. La deuxième phrase utile :

> « Certains de ces symptômes pourraient-ils être des effets indésirables ? Peut-on essayer d’en arrêter un et voir ce qui se passe ? »

Et la troisième, celle qui referme :

> « Peut-on fixer une date pour revoir le traitement ensemble ? »

Comme pour toute demande en établissement, mettez-le par écrit. Un courriel de dix lignes avec la liste et les dates existe ; une question posée dans le couloir, non.

Ce qu’il faut demander noir sur blanc

  1. Une révision complète du traitement, avec un résultat écrit : ce qui reste, ce qui est réduit, ce qui est arrêté et avec quelle surveillance.
  2. Une date de réévaluation pour chaque médicament introduit « pour quelques jours ».
  3. La justification de chaque sédatif ou neuroleptique, avec la date du prochain contrôle.
  4. Que les modifications vous soient communiquées si vous êtes administrateur des biens et de la personne ou référent familial. Il suffit de le demander une fois par écrit.

Les trois choses à ne jamais faire

N’arrêtez rien de votre propre initiative. Certains médicaments — benzodiazépines, corticoïdes, antiépileptiques, antidépresseurs, bêtabloquants — provoquent des syndromes de sevrage parfois graves s’ils sont arrêtés brutalement. La diminution est progressive et doit être encadrée.

Ne vous attendez pas à ce qu’on retire tout. Une révision bien faite retire un ou deux médicaments et ajuste les doses des autres. Si elle n’en retire qu’un, mais que c’est la benzodiazépine qui la faisait tomber, c’est une excellente révision.

N’en faites pas une accusation. « Vous lui donnez trop de médicaments » ferme la conversation. « Je voudrais comprendre si l’on peut en retirer un » l’ouvre.

Si rien ne se passe

Écrivez à la direction de la maison de repos en indiquant une date à laquelle vous attendez une réponse. Si elle ne vient pas, adressez-vous au conseil des résidents, puis à l’autorité de contrôle compétente selon la région : l’AViQ en Wallonie, Iriscare ou la COCOM à Bruxelles, Zorginspectie en Flandre. Et parlez-en au médecin traitant : une demande de révision qui vient du médecin pèse plus que dix demandes de la famille.

Pourquoi cela en vaut la peine

Une révision bien faite n’est pas un détail administratif : chez les personnes très âgées, retirer les médicaments inutiles signifie souvent moins de chutes, moins de confusion, plus d’appétit et plus d’heures de lucidité dans la journée.

Beaucoup de familles décrivent la même scène quelques semaines plus tard : « elle s’est remise à parler », « elle s’est réveillée ». Ce n’était pas la maladie qui avançait. C’étaient les comprimés.

En résumé

  • La polymédication s’accumule parce que chaque spécialiste ajoute et que personne n’a pour mission de retirer.
  • Reconnaissez la cascade de prescription : devant un symptôme nouveau, demandez d’abord « est-ce que cela peut être un médicament ? ».
  • Demandez le schéma de médication complet avec la date d’instauration en face de chaque ligne : c’est la colonne qui révèle tout.
  • Désignez un pharmacien de référence : c’est le seul professionnel qui voit tout ce qui est réellement délivré.
  • Le meilleur moment est après une hospitalisation : demandez la conciliation médicamenteuse.
  • Ne jamais arrêter seul.

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*Les prestations remboursées, les obligations de documentation et les compétences de contrôle dépendent de la réglementation fédérale et régionale ainsi que de l’organisation de chaque établissement, et sont mises à jour régulièrement. N’arrêtez et ne modifiez jamais un traitement de votre propre initiative : parlez-en au médecin traitant et au médecin coordinateur de la maison. Cet article est une information générale et ne remplace ni un avis médical ni un conseil juridique. Curalune n’attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.*

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