Deux sigles, deux mondes
En Belgique francophone, deux établissements qui se ressemblent de l extérieur ne relèvent pas du même agrément. La maison de repos (MR) accueille des personnes âgées dont l autonomie diminue. La maison de repos et de soins (MRS) accueille des personnes fortement dépendantes, avec un encadrement soignant plus dense et un financement différent de l INAMI.
Beaucoup de maisons disposent des deux agréments sur un même site, avec un certain nombre de lits MR et un certain nombre de lits MRS. C est pour cette raison qu une famille peut s entendre dire qu il y a de la place et, la semaine suivante, que le profil ne correspond pas : la place existait, mais pas dans la bonne catégorie de lit.
L échelle de Katz, en clair
Le classement ne dépend ni de l âge, ni du diagnostic, ni de l avis de la famille. Il dépend d une grille d évaluation, l échelle de Katz, qui mesure six actes de la vie quotidienne : se laver, s habiller, se déplacer, aller aux toilettes, la continence, manger. À cela s ajoutent, pour la démence, l orientation dans le temps et dans l espace.
De cette évaluation sort une catégorie — O, A, B, C, et Cd pour la démence — qui détermine le forfait versé par l INAMI à l établissement, et donc quel type de lit est accessible.
Deux conséquences pratiques, rarement expliquées
- Une catégorie trop basse ferme des portes. Un lit MRS ne peut pas accueillir un profil léger, même si la famille est épuisée et que la place est libre.
- La catégorie n est pas figée. Elle est réévaluée quand l état change. Si l évaluation date d avant une hospitalisation ou d avant une aggravation, elle ne décrit plus la réalité, et c est à vous de demander qu elle soit refaite.
Qui évalue, et comment le faire correctement
L évaluation est établie par le médecin traitant, souvent avec l infirmière qui suit la personne à domicile. C est un document médical, pas une formalité administrative.
Ce qui fait la différence dans une évaluation juste
- décrire la mauvaise journée, pas la moyenne. Une personne atteinte de démence peut être parfaitement présentable une heure et désorientée la suivante ;
- dire ce qui se passe la nuit. La nuit ne figure sur aucune grille et pèse pourtant sur tout le reste ;
- distinguer ce que la personne fait seule de ce qu elle fait parce que quelquun le prépare. Manger seul un repas servi et coupé n est pas la même chose que se nourrir de manière autonome.
Une évaluation faite trop vite, sur une bonne journée, coûte parfois six mois d attente.
Ce qu il faut demander à l établissement
Avant de vous inscrire, trois questions valent toutes les visites
- Combien de lits MR et combien de lits MRS avez-vous, et pour lesquels suis-je inscrit ?
- Que se passe-t-il si l état de ma mère se dégrade ? Peut-elle rester dans la maison en passant d un lit MR à un lit MRS, ou devra-t-elle déménager ? C est la question la plus importante et la moins posée.
- Disposez-vous d une unité adaptée à la démence, et à quelles conditions y accède-t-on ?
Une maison qui répond clairement à la deuxième question vous évite un second déménagement dans deux ans, et un déménagement, pour une personne désorientée, coûte davantage que tout le reste.
Un refus n est pas toujours un refus
Lorsqu un établissement dit non, la raison est rarement le manque de place tout court. Elle est presque toujours : pas de place *dans cette catégorie de lit*, ou profil qui ne correspond pas à l agrément disponible.
Demandez laquelle des deux. Dans le premier cas, l inscription sur la liste garde tout son sens. Dans le second, il faut d abord faire réévaluer la catégorie — et c est un travail de médecin, pas d attente.
*Curalune accompagne la recherche et l orientation. L évaluation de la dépendance, l agrément des lits et les conditions d admission relèvent du médecin traitant, de l INAMI et des établissements eux-mêmes.*