Vous le voyez aux cheveux. Gras, collés sur la tête. Les ongles longs et noirs. Le même chandail que la semaine passée. Et une odeur dans la chambre que vous ne savez pas à qui dire.
Ou c'est elle qui vous le dit : « Ici, on me lave jamais. »
C'est une des choses les plus difficiles à soulever, parce que ça ressemble à une plainte sur la propreté alors que ça parle de dignité — et parce que vous avez peur qu'elle en paie le prix. Cette page sert à enlever cette peur et à vous donner les bons mots.
1. D'abord : ce sont trois problèmes différents
a) Un problème d'organisation. Les bains sont programmés « le mardi », la préposée a douze personnes à lever en trois heures, et celle qui est lente saute son tour. Le cas le plus fréquent.
b) Elle refuse. Très courant dans la démence : une personne qui ne comprend pas pourquoi un inconnu la déshabille se défend. La réponse n'est pas d'insister plus fort, c'est de changer de technique (point 3).
c) C'est de la négligence. Plus rare, mais ça existe, et ça a ses propres signes (point 5).
La première question n'est pas « pourquoi vous la lavez pas ? » mais : « Qu'est-ce qui se passe quand vous essayez de lui donner son bain ? »
2. Ce à quoi elle a droit
« Un bain par semaine » n'est pas une règle : c'est un horaire de service. L'approche milieu de vie, l'orientation ministérielle pour les CHSLD, dit l'inverse — l'organisation s'adapte à la personne, pas le contraire. Et l'orientation ministérielle sur les soins d'hygiène prévoit deux bains par semaine comme référence, davantage si l'état le requiert.
Trois niveaux à distinguer
- les soins quotidiens : visage, aisselles, soins d'hygiène intime, mains, soins de bouche. Tous les jours, plusieurs fois par jour en cas d'incontinence. Pas négociable ;
- le bain ou la douche complète : la fréquence et la méthode s'inscrivent au plan d'intervention, selon son état et ses habitudes de toute une vie ;
- les soins de la personne : ongles, cheveux, rasage, prothèse dentaire.
Et la demande que presque personne ne fait : « Je voudrais voir la documentation des soins d'hygiène du dernier mois. » Les soins sont notés au dossier. Cette trace existe, et elle transforme une discussion en donnée. Vous pouvez aussi demander une rencontre de plan d'intervention sans attendre la révision prévue.
3. Si elle refuse : ce qui marche vraiment
- elle a froid. Chauffer la salle de bain avant change tout ;
- l'eau sur le visage lui fait peur. La cause numéro un. Laver les cheveux séparément, assise, tête vers l'arrière ;
- elle a mal. Avec de l'arthrose ou une épaule douloureuse, un analgésique une demi-heure avant change toute la scène — une des mesures les plus simples et les moins utilisées ;
- elle ne comprend pas ce qui se passe. La réaction est normale, ce n'est pas un « comportement » à médicamenter ;
- l'heure est mauvaise. Celle qui s'est toujours lavée le soir dira non à 7 h du matin ;
- la pudeur. Beaucoup de femmes âgées n'acceptent pas d'être lavées par un homme. Préférence légitime, à inscrire au plan.
Les solutions de rechange sont des standards professionnels : bain au lit, produits sans rinçage, toilette partielle, soins répartis sur la journée. Un milieu qui dit seulement « elle refuse » n'a rien essayé de tout ça.
4. Ce que personne ne regarde
- la bouche. Les soins buccodentaires sont la tâche la plus négligée de toutes. Qui lui brosse les dents, qui nettoie la prothèse le soir ? Une bouche douloureuse explique aussi pourquoi elle a arrêté de manger ;
- les ongles, des mains et surtout des pieds ;
- les cheveux : à quand remonte la coiffeuse, et qui paie ;
- les lunettes et l'appareil auditif : propres, fonctionnels, avec des piles ;
- les pieds — un facteur de chute sérieux et sous-estimé.
5. Quand c'est de la négligence
À noter par écrit la journée même
- rougeurs ou plaies au coccyx, aux talons, aux hanches ;
- des résidus de selles sous les ongles ou sur la peau ;
- une odeur d'urine persistante dans la chambre ;
- les mêmes vêtements pendant des jours, ou ceux de quelqu'un d'autre ;
- une culotte d'incontinence gardée trop longtemps, avec la peau rouge ;
- elle vous dit avoir sonné sans que personne vienne.
Plusieurs signes ensemble, ce n'est plus une question de qualité. La Loi visant à lutter contre la maltraitance prévoit une obligation de signalement pour la maltraitance — incluant la négligence — envers les personnes hébergées en CHSLD.
6. Comment le dire pour que ça marche
Ne marche pas : « ma mère est sale, vous la lavez pas. »
Marche : « Les trois derniers samedis, j'ai trouvé ma mère avec les cheveux non lavés et les ongles longs. Je veux savoir quelle fréquence de bain prévoit son plan d'intervention, et je demande qu'on y ajoute les soins des ongles et des cheveux, avec une révision dans un mois. »
Un fait daté, une demande précise, une échéance — par écrit, au chef d'unité.
Et la phrase qui désamorce la peur des représailles : « J'accuse personne, je veux juste que ce qui est prévu soit écrit. » C'est vrai, et ça fonctionne.
7. Si rien ne change
- le chef d'unité, puis la direction, par écrit, avec les dates ;
- le comité des usagers, indépendant, qui voit passer les mêmes situations ;
- le commissaire aux plaintes et à la qualité des services : gratuit, encadré par des délais ;
- le Protecteur du citoyen, en deuxième instance, et la Ligne Aide Abus Aînés — 1 888 489-2287.
8. Quand le milieu ne convient pas
Un milieu qui dit « elle a refusé trois fois, on a essayé le bain au lit et le produit sans rinçage, la semaine prochaine on tente le soir » fait son travail. Un qui dit « les bains, c'est le mardi » décrit son horaire, pas ses besoins à elle.
Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : contribution de l'usager, exonération, demande d'hébergement, révision.
Curalune Aide (99 $) prépare en général sous 24 heures ouvrables une sélection ordonnée de 3 à 5 milieux adaptés à sa région — avec les contacts et les questions à poser sur le personnel et les routines de soins.
*Informations générales. L'admission, les tarifs et les disponibilités sont toujours confirmés par les établissements et les instances compétentes.*