« Elles ne s'entendent pas »
Votre mère vous dit que la dame d'en face lui crie après. Ou que sa voisine de chambre fouille dans ses tiroirs la nuit. Ou il y a une ecchymose sur son bras et, au bout d'un moment, quelqu'un évoque « un incident » avec une autre résidente.
On vous dira qu'elles sont toutes deux désorientées, que personne n'a voulu mal faire, et que cela arrive quand on vit ensemble. C'est peut-être vrai. Ce n'est pas la question.
Ce que la loi québécoise prévoit — et qui change la conversation
Deux mécanismes se cumulent ici, et peu de familles les connaissent.
D'abord, tout accident survenu à un usager doit être déclaré sur le formulaire prévu et inscrit au registre local, et l'établissement a l'obligation d'informer l'usager ou son représentant de ce qui s'est produit et des mesures prises pour prévenir la récurrence. Une résidente blessée par une autre entre dans ce cadre : ce n'est pas une chicane à gérer entre soi.
Ensuite, la loi québécoise visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés impose à chaque établissement d'avoir une politique de lutte contre la maltraitance, et prévoit un signalement obligatoire dans les situations les plus graves — notamment pour les personnes hébergées en CHSLD. Le fait que l'autre résidente ait un trouble neurocognitif explique son geste ; cela n'efface pas ce que le milieu doit à la vôtre.
Dites-le ainsi, par écrit : « Je signale une atteinte à l'intégrité de ma mère par une autre résidente. Merci de me confirmer qu'une déclaration a été faite, de m'informer conformément à l'obligation de divulgation, et de me préciser les mesures de protection en place. »
Les questions à poser par écrit
- « Une déclaration d'accident a-t-elle été remplie, et à quelle date ? »
- « Quelles mesures de protection immédiates sont en place ? » Séparation aux repas, surveillance sur une plage horaire précise, changement de chambre, tournées plus fréquentes — quelque chose de concret maintenant.
- « Le comité de gestion des risques a-t-il été saisi ? » C'est précisément son rôle d'analyser ces événements et de recommander des correctifs.
- « Qu'est-ce qui a déclenché la scène ? » Ces incidents se concentrent à des endroits prévisibles : aux repas, dans les portes, en fin d'après-midi, pour un fauteuil ou la télévision, et la nuit en chambre double.
- « Ma mère a-t-elle été évaluée depuis — pour les blessures, la douleur et la peur ? » Celle qui a peur d'une autre résidente cesse de sortir de sa chambre, et ce recul est noté comme un repli plutôt que comme une conséquence.
Demandez une rencontre de plan d'intervention
- le placement aux tables, avec les noms ;
- qui surveille la plage horaire concernée ;
- si un changement de chambre ou d'unité est indiqué — et si le milieu propose de déplacer votre mère, demandez pourquoi ce n'est pas la personne à l'origine des faits. Déplacer celle qui subit est la réponse commode, et elle se conteste ;
- ce qui se passe en cas de récidive, et qui vous appelle.
Ce qu'il ne faut pas accepter
La sédation comme solution, pour l'une ou pour l'autre. Un médicament donné pour supprimer un comportement est une mesure de contrôle par substance chimique : usage exceptionnel, minimal, temporaire, encadré par un protocole, avec consentement sauf urgence et réévaluation. Si un antipsychotique apparaît après l'incident, demandez le diagnostic documenté et le plan de cessation, et quand le pharmacien a révisé le profil.
« C'est la maladie ». Des incidents répétés et prévisibles sans plan ne sont pas une fatalité : c'est un problème d'effectifs et de planification.
Le silence. L'obligation de divulgation existe précisément pour cela.
Si cela ne s'arrête pas
- Tout par écrit, avec les dates, au chef d'unité et à la direction.
- Le comité des usagers, qui a un rôle de défense des droits.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de votre CISSS ou CIUSSS : gratuit, sans avocat, avec un délai de réponse prévu par la loi. C'est le recours le plus efficace et le moins utilisé.
- Le Protecteur du citoyen ensuite, et la police s'il y a eu blessure et que vous n'êtes pas satisfait du sérieux accordé. En RPA, le CISSS reste l'interlocuteur pour la certification.
Tenez votre propre relevé : dates, ce que votre mère a dit, ce que vous avez constaté, à qui vous l'avez dit et ce qu'on vous a répondu. Dans quinze jours personne ne s'en souviendra ; votre fichier, si.
Quand il est temps de changer de milieu
Un incident entre deux personnes désorientées, suivi d'un vrai plan, c'est un milieu qui fait son travail. Un deuxième incident avec la même résidente, aucun plan, et la suggestion que ce soit votre mère qui déménage : c'est un autre signal — et il concerne presque toujours le niveau de surveillance, pas ces deux personnes.
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Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis juridique ou médical. Si vous craignez un danger immédiat, prévenez l'équipe soignante et, au besoin, appelez le 911. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.