D'abord : ce n'est pas de la paranoïa
Une ecchymose sur le bras que personne n'explique. Votre mère soudain « bien calme » et absente. Une culotte d'incontinence mouillée depuis des heures. La cloche d'appel qui sonne dans le vide pendant que vous êtes là. Le sentiment que quelque chose cloche arrive presque toujours avant les preuves — et le premier réflexe (monter le ton au poste, la sortir le jour même) est compréhensible mais affaiblit votre position.
Ce qui compte comme maltraitance — pas seulement les coups
- La négligence : hygiène délaissée, déshydratation, repas non donnés à qui ne mange pas seul, plaies de pression apparues dans le milieu, chutes répétées sans mesures.
- Les mesures de contrôle abusives : ridelles, ceintures, fauteuils qui immobilisent. Au Québec, la contention et l'isolement sont des mesures de contrôle encadrées par la Loi sur les services de santé et les services sociaux : exceptionnelles, consenties, consignées au dossier et réévaluées.
- La contention chimique : calmants ou antipsychotiques pour « la garder tranquille » — ils doivent être justifiés, notés et réévalués.
- La violence physique ou psychologique : brusqueries, cris, humiliations, isolement comme punition.
- L'exploitation financière : argent ou objets qui disparaissent, signatures, pressions.
Les premières 72 heures
- Photographiez avec la date : ecchymoses, rougeurs au sacrum et aux talons, état de la chambre.
- Tenez un journal : jour, heure, ce que vous avez vu, qui était présent, ce qu'on vous a répondu.
- Faites-la examiner par un médecin extérieur s'il y a des signes physiques. Un constat indépendant est la preuve la plus solide.
- Demandez par écrit une rencontre avec le chef d'unité et la direction, avec la liste des faits et vos questions.
- Demandez le dossier : notes d'évolution, feuille d'administration des médicaments, rapports d'incident-accident (formulaire AH-223), plan d'intervention.
- En cas de danger immédiat : 911.
À qui porter plainte — par ordre d'efficacité
- Le chef d'unité et la direction, par écrit.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de l'établissement : c'est la voie officielle, gratuite, avec des délais prévus par la loi (habituellement 45 jours pour répondre). En résidence privée pour aînés, le commissaire du CISSS/CIUSSS du territoire est compétent.
- Le Protecteur du citoyen (Protecteur des usagers) en deuxième recours, si la réponse du commissaire ne vous satisfait pas.
- Le comité des usagers ou des résidents, qui peut vous accompagner dans la démarche.
- La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, compétente en matière d'exploitation des personnes âgées ou handicapées.
- Police / plainte en cas de voies de fait ou de vol ; 911 dans l'urgence.
- Le Curateur public, en cas d'exploitation financière ou si une mesure de protection est nécessaire.
La Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés oblige les établissements à avoir une politique de lutte contre la maltraitance et prévoit un signalement obligatoire dans certains cas — vous pouvez y faire référence explicitement dans votre écrit.
Si votre proche ne peut pas raconter ce qui s'est passé, vos observations et le dossier comptent. « C'est ce qu'elle dit, mais elle est confuse » n'est pas une réponse acceptable — exigez que ce soit consigné.
Changer ou rester ?
Partir immédiatement n'est pas toujours juste : un déménagement brutal désoriente, et une plainte formelle change souvent le comportement du milieu en quelques jours. Mais s'il y a violence, si les signes se répètent, ou si rien ne change — n'attendez pas. Avancez en parallèle : plainte d'un côté, alternatives de l'autre, car un changement de milieu passe par une nouvelle demande.
Aide Curalune (99 $) prépare sous 24 heures ouvrables une sélection de 3 à 5 milieux adaptés — avec les questions à poser sur les mesures de contrôle, la médication et le personnel de nuit.
*Informations générales, qui ne remplacent pas un conseil juridique ou médical. En cas de danger immédiat, appelez le 911. La Ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés est joignable gratuitement partout au Québec.*