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Guide éditorial

Hébergement urgent9 min de lecturePublié le 30/07/2026

« Quelqu'un lui prend son argent » : reconnaître et arrêter la maltraitance financière

Des retraits qui ne collent pas à sa vie, une procuration toute neuve, un petit-fils soudain très présent. Les signes qui comptent, ce que le Curateur public peut faire, et ce qu'il faut sécuriser dès la première semaine.

Pourquoi ce guide compte

Conçu pour réduire l’incertitude des familles qui doivent comprendre les coûts, l’urgence, les listes d’attente et les options réelles.

Ça ne commence presque jamais par un vol. Ça commence par quelqu'un qui « aide, c'est tout » : il ouvre le courrier, paie les comptes, se sert de la carte au guichet « parce que c'est plus simple ». Puis la frontière entre aider et prendre se déplace, assez lentement pour que personne ne puisse nommer la journée.

La maltraitance financière est la forme de maltraitance la plus fréquente chez les aînés au Québec, et la moins dénoncée. Pas par naïveté : la personne qui prend est presque toujours quelqu'un que votre mère aime.

1. Les signes qui comptent

Pris isolément, ils ne veulent rien dire. Ensemble, ils veulent dire beaucoup.

  • Des retraits qui ne correspondent pas à sa vie : des retraits réguliers au guichet alors qu'elle ne sort à peu près plus.
  • Une nouvelle procuration ou un testament modifié peu après une hospitalisation, un diagnostic ou un décès.
  • Un nouveau nom sur le compte, dont vous ne saviez rien.
  • Des comptes impayés alors que la pension de la Sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti et la rente du RRQ entrent chaque mois. C'est le signal le plus clair : l'argent entre et n'arrive pas.
  • Elle évite les questions d'argent, ou répète des phrases qui ne sont visiblement pas les siennes.
  • Une personne fait écran : répond au téléphone, assiste à chaque visite, parle à sa place.
  • Des contrats qu'elle ne sait pas expliquer : abonnements, assurances, « placements », rénovations.
  • En CHSLD ou en résidence privée : l'allocation de dépenses personnelles disparaît, la coiffure n'est jamais payée, des vêtements et les lunettes manquent.

2. Qui c'est, la plupart du temps

Pas le fraudeur au téléphone — même s'il existe, et la fraude « grand-parent » fonctionne encore. Dans la grande majorité des cas, c'est un proche : un fils en difficulté financière, une fille qui « se dédommage » du travail de proche aidante, un nouveau conjoint, parfois une personne d'aide à domicile à qui on a tout confié.

C'est ce qui explique qu'elle protège cette personne. C'est de la loyauté, pas de la confusion. Attendez-vous-y.

3. La première semaine : sécuriser, pas confronter

Confronter dès le premier jour, c'est perdre les preuves. Sécurisez d'abord :

  • Les relevés bancaires des 12 à 24 derniers mois. Tant qu'elle est apte, elle peut les demander elle-même.
  • Un tableau simple : date, montant, endroit, ce qui s'est passé cette journée-là. Les motifs n'apparaissent que sur papier — par exemple des retraits toujours le lendemain du dépôt de la pension.
  • Des copies de toutes les procurations et de tous les contrats, avec les dates : l'essentiel est de savoir s'ils sont antérieurs ou postérieurs à la perte d'aptitude.
  • Des notes datées, dans ses mots à elle.
  • En CHSLD : le relevé du compte de l'usager. L'établissement administre cet argent et doit en rendre compte — demandez-le par écrit.

4. Les mesures de protection depuis la réforme de 2022

Le droit québécois a été refondu : la curatelle au majeur est abolie, et il reste trois outils, du plus léger au plus lourd.

  • La mesure d'assistance : votre mère désigne officiellement un assistant, inscrit au registre du Curateur public. L'assistant l'aide et peut communiquer en son nom — mais ne signe pas à sa place. Utile tôt, inutile en cas d'abus avéré.
  • Le mandat de protection (l'ancien mandat en cas d'inaptitude) : rédigé quand elle est apte, il doit être homologué par le tribunal pour produire ses effets. C'est le meilleur outil, à condition qu'il existe avant la crise. Voir mandat de protection et procuration.
  • La tutelle au majeur : ouverte par le tribunal, modulée selon ce qu'elle peut encore faire, révisée périodiquement. Le tuteur doit rendre compte annuellement au Curateur public et fournir un inventaire des biens. C'est exactement là que les mouvements douteux deviennent visibles.

Point capital : une procuration bancaire ordinaire cesse d'être valide dès l'inaptitude. Beaucoup de familles continuent pourtant de s'en servir pendant des années. Si quelqu'un gère l'argent de votre mère avec une simple procuration alors qu'elle n'est plus apte, il gère sans droit — et c'est un levier.

5. Où appeler, tout de suite

  • La Ligne Aide Abus Aînés : 1 888 489-2287 — gratuite, confidentielle, partout au Québec, aussi pour les proches et les intervenants. C'est le premier appel à faire quand vous hésitez.
  • La personne-ressource spécialisée en maltraitance de votre CIUSSS ou CISSS : chaque région en a une, prévue par la loi. Elle coordonne le signalement et connaît les acteurs locaux.
  • Le Curateur public : pour signaler qu'un majeur inapte est exposé à un préjudice financier, ou qu'un tuteur ou mandataire ne remplit pas ses obligations.
  • Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de l'établissement, si l'argent disparaît en CHSLD ou en résidence.
  • La police : le vol, la fraude (art. 380 du Code criminel) et le vol par une personne détenant une procuration (art. 331) sont des infractions criminelles, y compris entre proches.

De façon réaliste : la voie de la protection et du tribunal arrête le flux d'argent plus vite qu'un dossier criminel. Les deux ne s'excluent pas.

6. La banque

  • Tant qu'elle est apte, votre mère peut révoquer une procuration par écrit, en succursale, avec la date.
  • Elle peut faire fixer des limites de retrait et retirer l'accès en ligne.
  • Attention au compte conjoint : légalement, chacun des deux titulaires peut le vider. C'est le véhicule le plus courant de la maltraitance financière.
  • Les institutions financières québécoises ont des procédures internes en matière de maltraitance des aînés. Dites clairement de quoi il s'agit et demandez qu'on applique la procédure.

7. Si c'est votre frère

Le cas le plus fréquent, et le plus dur. Deux choses aident.

Séparez le reproche de la mesure. Vous n'avez pas à prouver qu'il est malhonnête ; vous devez obtenir qu'une instance neutre gère. La phrase qui fonctionne : « Je ne veux pas qu'un de nous porte ça tout seul. Qu'une personne de l'extérieur s'en occupe. »

Attendez-vous à la contre-attaque : « T'as jamais été là », « tu penses juste à l'héritage ». Répondez avec du papier — dates, montants, relevés — pas avec de l'indignation.

8. Prévenir, tant que c'est possible

  • Un mandat de protection rédigé tôt, chez le notaire, plutôt qu'une tutelle décidée dans l'urgence.
  • Deux personnes plutôt qu'une : quatre yeux évitent la plupart des dérives, sans méfiance.
  • Des paiements préautorisés pour le loyer, l'assurance, la contribution de l'usager.
  • Un petit compte pour le quotidien, le reste à part.
  • Jamais la carte et le NIP — même « juste pour cette semaine ».

Pour les démarches et pour la recherche

Si derrière le problème d'argent il y en a un plus grand — elle ne peut plus rester seule — ce sont deux chantiers distincts.

Les démarches, Curalune Aide Démarches s'en charge : contribution de l'usager, exonération, demande d'hébergement, révision.

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*Informations générales, pas un avis juridique. L'admission, les tarifs et les disponibilités sont toujours confirmés par les établissements et les instances compétentes. En cas de danger immédiat : 911.*

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