Le moment où vous la voyez
Vous aidez votre mère à se replacer dans son fauteuil et vous apercevez une plaie : au sacrum, au talon, à la hanche. Une rougeur qui ne pâlit pas sous le doigt, ou déjà une perte de peau.
Vous demandez et on vous répond que cela arrive, que c’est l’âge, que la peau est mince.
La peau âgée est fragile. Mais une plaie de pression n’est pas une fatalité : c’est le résultat d’une pression maintenue au même endroit, et la prévenir fait partie des soins attendus, pas des faveurs.
Ce qui aurait dû être fait
- Une évaluation de l’état de la peau et du risque à l’admission, avec un outil reconnu, refaite régulièrement et chaque fois que l’état change — après une hospitalisation, une perte de poids, une période alitée.
- Des changements de position planifiés et notés au dossier, pas décidés selon la charge du quart.
- Une surface thérapeutique : matelas ou surmatelas, coussin adapté au fauteuil, dégagement des talons.
- La nutrition et l’hydratation, qui déterminent si la peau tient et si la plaie guérit. Une perte de poids non prise en charge est un facteur direct.
Quand une plaie apparaît malgré tout, la question n’est pas « qui est fautif » mais : lequel de ces quatre points n’a pas été fait, et depuis quand ? Le dossier peut répondre.
Le droit que vous avez et que vous n’utilisez pas
Au Québec, l’usager a un droit d’accès à son dossier, et le représentant peut l’exercer. Ce n’est pas une faveur à négocier avec le chef d’unité : c’est un droit prévu par la loi, avec des délais de réponse.
Demandez donc par écrit :
- L’évaluation initiale de l’état de la peau et du risque, et la plus récente.
- Le registre des changements de position des quinze derniers jours.
- Le plan de traitement de la plaie : qui a évalué, à quel stade, quel pansement, à quelle fréquence, qui réévalue.
- Le suivi du poids et des ingesta des trois derniers mois.
Et demandez une rencontre de plan d’intervention, avec le plan mis à jour remis par écrit ensuite. Un plan d’intervention qui ne mentionne pas la plaie n’est pas à jour.
Ce qu’il faut demander tout de suite
- Une évaluation par une infirmière spécialisée en soins de plaies ou une demande de consultation. Une plaie qui ne bouge pas en trois semaines a besoin d’un autre regard.
- Des photographies datées à chaque réévaluation, versées au dossier.
- La douleur traitée. Les plaies de pression font mal, y compris chez quelqu’un qui ne peut plus le dire.
- La surface thérapeutique par écrit : laquelle, depuis quand, sur quelle prescription.
Où escalader — y compris l’ordre professionnel
- Le chef d’unité et la direction, par écrit, avec les quatre demandes et un délai.
- Le commissaire local aux plaintes et à la qualité des services : gratuit, avec des délais prévus par la loi. C’est la porte principale.
- Le Protecteur du citoyen en deuxième recours.
- Les ordres professionnels. C’est le recours que presque personne n’utilise : l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec peut être saisi sur la qualité de la pratique infirmière — et l’évaluation de la peau, la prévention et le suivi des plaies relèvent précisément de cette pratique. Le Collège des médecins pour la partie médicale.
- Un avis médical à l’extérieur du milieu avant toute démarche sérieuse. Sans lui, tout reste une version contre une autre.
Avant de choisir un milieu
Si vous cherchez encore, posez la question à la visite : « Combien de résidents ont actuellement une plaie de pression, et qui fait l’évaluation de la peau à l’admission ? » La réaction vous en dira plus que la visite guidée.
Le point pratique
Une plaie de pression n’est pas une conséquence de l’âge : c’est une pression qui a duré. Exercez votre droit d’accès au dossier, demandez les quatre documents, exigez une évaluation spécialisée et des photos datées, faites traiter la douleur — et n’oubliez pas les ordres professionnels si la pratique elle-même est en cause.
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Le droit d’accès au dossier de l’usager, les obligations de consignation, les normes de pratique en prévention et traitement des plaies et les recours devant les ordres professionnels relèvent de la réglementation québécoise et sont révisés régulièrement ; chaque milieu a en outre ses propres protocoles. Le commissaire aux plaintes, le Protecteur du citoyen et le comité des usagers sont gratuits, et un avis médical extérieur est utile avant toute démarche formelle. Cet article est une information générale et ne remplace ni un conseil juridique ni un avis médical. Curalune n’attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.