Quand elle cesse de parler
Elle ne va pas mal, exactement. Elle ne demande plus rien. Elle reste dans sa chambre, la télévision allumée sans la regarder, et vous répond par monosyllabes à vous aussi. Quand vous le signalez, on vous dit qu'elle « s'est adaptée », ou que c'est normal à son âge.
Les deux réponses sont fausses. La dépression ne fait pas partie du vieillissement. En hébergement elle est fréquente, peu dépistée et traitable. Fréquent ne veut pas dire normal — personne ne le dirait de la douleur.
D'abord : CHSLD ou RPA ?
Comme pour tout le reste au Québec, la réponse dépend du milieu, et se tromper d'interlocuteur fait perdre des mois.
En CHSLD, votre mère est hébergée dans le réseau public, avec une équipe interdisciplinaire — travailleuse sociale, psychologue ou psychoéducateur selon l'établissement, technicienne en loisirs. Et le CHSLD est encadré par une orientation claire : c'est un milieu de vie, pas seulement un lieu de soins. Les activités, la participation et le respect du rythme de la personne ne sont pas des extras : ils font partie de ce que l'établissement doit offrir. C'est l'argument à utiliser, tel quel, en rencontre de plan d'intervention.
En résidence privée pour aînés, c'est l'inverse : le suivi psychosocial n'est pas compris dans le bail ni dans l'annexe des services, sauf si vous l'avez acheté. La porte d'entrée publique est le CLSC de votre territoire, sur évaluation. Beaucoup de familles attendent en croyant que la résidence va s'en occuper — elle ne le fera pas, parce que ce n'est pas son mandat.
Trois choses à écarter avant de parler de dépression
- La douleur non traitée. Première cause d'apathie et de repli chez la personne âgée, et quelqu'un qui a un trouble neurocognitif ne l'exprime pas avec des mots. Demandez si la douleur a été évaluée avec une grille d'observation, et quand.
- Le delirium. Un repli installé en jours plutôt qu'en semaines, avec une confusion fluctuante, est un delirium jusqu'à preuve du contraire : infection urinaire, déshydratation, constipation, médicament nouveau. C'est une urgence médicale, pas un problème d'humeur.
- L'audition, la vue, les dents. Une prothèse auditive brisée, sans pile ou simplement pas mise isole complètement en quelques semaines. Idem pour des lunettes perdues et un dentier qui ne tient plus : celle qui n'arrive plus à manger à la salle à manger se replie dans sa chambre.
Ce sont des vérifications sans éclat, et elles règlent une bonne part des « elle est déprimée » sans aucun psychotrope.
Ce qu'il faut demander au plan d'intervention
Écrivez au chef d'unité et demandez une rencontre de plan d'intervention avec ces questions :
- « Y a-t-il eu une évaluation psychosociale depuis son admission, par qui et à quelle date ? »
- « Qu'est-ce qui figure au plan d'intervention sur la participation et la vie sociale, et qui l'applique chaque jour ? »
- « À quelles activités a-t-elle participé le mois dernier ? » Demandez le relevé, pas une impression.
- « Qu'a-t-on essayé pour la faire sortir de sa chambre, et avec quel résultat ? »
Le bon traitement et le mauvais
Si l'évaluation conclut à une dépression, le traitement est un antidépresseur approprié et un accompagnement non pharmacologique : activité, relation, mouvement, routine. Ce qui n'est pas un traitement de la dépression, c'est un antipsychotique.
Vérifiez le profil pharmacologique et posez la question franchement : « un antipsychotique a-t-il été introduit, pour quel diagnostic documenté, prescrit par qui, et quand est prévue la réévaluation ? » Chez une personne âgée avec un trouble neurocognitif, ces molécules augmentent le risque de chutes, d'AVC et de décès. Utilisées pour qu'une personne se tienne tranquille, elles constituent une mesure de contrôle par substance chimique — et au Québec ces mesures sont strictement encadrées : usage exceptionnel, minimal, temporaire, avec consentement sauf urgence et réévaluation.
Demandez en même temps quand le pharmacien a révisé le profil pour la dernière fois. Benzodiazépines, certains antihypertenseurs et molécules à effet anticholinergique éteignent l'humeur et la vigilance.
Ce que vous pouvez faire, et qui pèse
- Des visites prévisibles valent mieux que des visites longues. Vingt minutes trois fois par semaine, les mêmes jours, donnent une forme à la semaine ; trois heures le dimanche non.
- Apportez une tâche, pas seulement de la conversation : plier du linge, regarder des photos avec les prénoms écrits derrière. Qui garde un rôle se replie moins.
- Sortez-la de la chambre pendant que vous êtes là, ne serait-ce que dans le corridor. La lumière et le mouvement agissent sur le sommeil, et le sommeil sur l'humeur.
- Interrogez l'emplacement de la chambre : loin des aires communes, on s'isole. Demander un changement par écrit est légitime.
- Vérifiez la prothèse auditive à chaque visite. Pile, allumée, réellement portée. C'est l'intervention la plus efficace et la plus négligée qui soit.
Si rien ne bouge
- Un écrit au chef d'unité, avec demande de rencontre et une date.
- Le comité des usagers ou le comité de résidents, si le problème touche tout l'étage — souvent, c'est le cas.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de votre CISSS ou CIUSSS : gratuit, sans avocat, avec un délai de réponse prévu par la loi.
- Le Protecteur du citoyen si la réponse ne vous satisfait pas.
- En RPA : le CLSC pour les services, le CISSS pour ce qui touche la certification.
Quand le problème est le milieu, pas la personne
Il y a une différence entre un milieu où votre mère est triste et un milieu où tout le monde est dans sa chambre. Si l'aire commune est vide à seize heures, si une télévision tourne devant dix personnes qui ne se parlent pas, si les loisirs sont une affiche et non un relevé de participation avec des noms, le problème n'est pas l'humeur de votre mère — c'est que le milieu de vie n'en est pas un.
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Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis médical. Le diagnostic et le traitement relèvent des professionnels traitants ; en cas de risque immédiat, communiquez sans attendre avec l'équipe soignante ou le 811. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.