« C'est la dégénérescence »
Il y a trois mois, votre mère se rendait à la salle à manger avec sa marchette. Aujourd'hui on la pousse. Quand vous posez la question, on vous répond une variante de : « c'est l'évolution, c'est l'âge ». Parfois c'est vrai. Très souvent ce ne l'est pas, et l'explication est plus prosaïque : personne n'a organisé de réadaptation.
La première distinction : CHSLD ou RPA
C'est le point qui décide de tout le reste, et il est propre au Québec.
En CHSLD, votre mère est hébergée dans le réseau public. Les services de réadaptation — physiothérapie, ergothérapie, et le travail des thérapeutes en réadaptation physique — font partie de l'offre de l'établissement. La question n'est donc pas « qui paie », mais « pourquoi ma mère n'y a pas accès ». Votre interlocuteur est le chef d'unité et l'équipe interdisciplinaire.
En résidence privée pour aînés, c'est l'inverse : la réadaptation n'est pas comprise dans le bail ni dans l'annexe des services, sauf si vous l'avez achetée explicitement. La voie publique passe alors par le CLSC de votre territoire, sur évaluation, et il existe aussi l'option privée à vos frais. Beaucoup de familles attendent des mois en croyant que la résidence va s'en occuper — elle ne le fera pas, parce que ce n'est pas son mandat.
Posez donc la bonne question au bon endroit. En RPA, l'appel utile n'est pas à la direction de la résidence : il est au guichet d'accès du CLSC.
Ce qu'il faut demander en CHSLD
N'en parlez pas à une préposée dans le corridor. Écrivez au chef d'unité et demandez une rencontre de plan d'intervention :
- « Ma mère a-t-elle été évaluée en physiothérapie ou en ergothérapie depuis son admission, et à quelle date ? »
- « Combien de séances a-t-elle reçues au cours du dernier mois ? » Pas « est-ce qu'elle en a » — le nombre.
- « Qu'est-ce qui figure au plan d'intervention concernant la mobilité, et qui l'exécute chaque jour ? »
- « Quel était son niveau d'autonomie à l'admission ? » Si personne n'a noté ce qu'elle faisait en janvier, personne ne peut vous dire ce qu'elle a perdu.
Demandez aussi une évaluation en ergothérapie pour le positionnement — le fauteuil et le fauteuil roulant. Un siège mal adapté fait plus de dégâts que bien des traitements n'en réparent.
Ce qui compte davantage que les séances
Deux séances de vingt minutes par semaine ne gardent personne debout si les six autres journées se passent au fauteuil. Ce qui décide, c'est le quotidien, et cela relève du milieu.
Exigez que ceci soit inscrit au plan d'intervention :
- aller à table à pied plutôt qu'en fauteuil, quand c'est sécuritaire ;
- une marche quotidienne accompagnée, notée au dossier ;
- être levée et habillée, pas laissée en jaquette ;
- manger assise hors du lit ;
- la marchette à portée de main, du bon côté. La cause invisible la plus fréquente d'un arrêt de la marche, c'est l'aide technique rangée à l'autre bout de la chambre.
Si on vous dit que « ça ne changera rien »
Dit ainsi, c'est faux. Même sans espoir d'amélioration, l'objectif est de maintenir ce qui reste et d'éviter l'aggravation. Ce qu'on évite est concret et irréversible :
- les contractures — des articulations qui se figent et rendent les soins d'hygiène douloureux ;
- les plaies de pression, parce qu'un corps immobile appuie toujours au même endroit ;
- les chutes et les fractures, qui viennent de la fonte musculaire et de l'équilibre ;
- les pneumonies liées à l'alitement prolongé.
Demandez le refus et son motif par écrit, et demandez quel est le plan de rechange contre les contractures et les chutes.
Vérifiez en même temps le profil pharmacologique. Antihypertenseurs, benzodiazépines et antipsychotiques rendent instable. Quelqu'un qui a cessé de marcher a parfois un problème de médication et non de muscle : demandez quand le pharmacien a révisé le profil pour la dernière fois.
Si rien ne bouge
- Un écrit au chef d'unité, avec demande de rencontre de plan d'intervention et une date.
- Le comité des usagers ou le comité de résidents, si le problème touche tout l'étage — c'est souvent le cas.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de votre CISSS ou CIUSSS : gratuit, sans avocat, avec un délai de réponse prévu par la loi. C'est le recours le plus efficace et le moins utilisé.
- Le Protecteur du citoyen si la réponse ne vous satisfait pas.
- En RPA, c'est le CLSC pour les services et le CISSS pour tout ce qui touche la certification.
La question à poser avant de choisir
Si vous cherchez encore, ne demandez pas s'il y a « de la réadaptation » : tout le monde dit oui. Demandez : « Combien d'heures de physiothérapie et d'ergothérapie par semaine, pour combien de résidents, et qui assure la mobilisation quotidienne entre les séances ? » C'est la dernière partie qui distingue les milieux.
Et si vous préférez ne pas mener les recherches vous-même : dites-nous le secteur, l'état de votre proche et l'échéance, et vous recevez une sélection de milieux qui méritent un appel, pour 99 $. Si vous ne recevez pas au moins 3 ressources correspondant au secteur et aux critères indiqués, vous êtes intégralement remboursé. Commencer ici
Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis médical. L'indication d'un traitement relève des professionnels traitants, et l'offre de services varie d'un établissement et d'un territoire à l'autre. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.