Le diagnostic qu'on pose trop vite
On vous dit qu'elle décline. Qu'elle ne participe plus, qu'elle ne répond pas quand on lui parle, qu'elle reste dans sa chambre. Le mot « confusion » apparaît, parfois le mot « démence ».
Avant d'accepter ce cadre, posez une question beaucoup plus simple : est-ce qu'elle entend ? Une surdité non corrigée ressemble de très près à un trouble cognitif — même retrait, mêmes réponses à côté, même impression qu'elle ne suit plus. La différence, c'est que cela se corrige.
Et ce n'est pas une question de confort. La perte auditive non traitée est associée à un déclin cognitif plus rapide, à la dépression et à l'isolement. Chez une femme de quatre-vingt-huit ans en CHSLD ou en RPA, c'est probablement le problème réversible le plus fréquent et le moins traité.
Les trois causes bêtes, dans l'ordre à vérifier
La pile. Commencez par là, parce que c'est presque toujours là. Un appareil auditif dans le tiroir de la table de chevet, avec une pile morte depuis mars, est une scène ordinaire en hébergement. Personne n'a décidé d'y renoncer : personne n'avait la responsabilité de s'en occuper. Demandez dans ces mots exacts : qui change la pile, à quelle fréquence, et où est-ce inscrit ?
Le bouchon de cérumen. À lui seul, il peut causer une perte auditive importante, et il s'enlève en une visite. Les personnes qui portent des appareils produisent plus de cérumen, pas moins. C'est oublié systématiquement.
Le tube et l'embout. Un tube fendu ou un embout obstrué rendent inutile un appareil parfaitement fonctionnel. L'audioprothésiste règle cela en quelques minutes — encore faut-il que quelqu'un prenne le rendez-vous.
Ce que le Québec couvre — et c'est mieux qu'ailleurs
Voici l'information que beaucoup de familles n'ont pas, et elle est plus favorable qu'ailleurs au pays. Le Québec administre un programme public d'aides auditives : pour les personnes qui répondent aux critères d'admissibilité, l'appareil, son ajustement, les réparations et le remplacement sont pris en charge, avec un renouvellement possible après un certain nombre d'années.
Trois conséquences pratiques :
- « C'est trop cher » n'est pas nécessairement la bonne réponse. Avant de conclure qu'il faut payer, il faut vérifier l'admissibilité — ce qui passe par une évaluation en audiologie et une prescription.
- Les réparations et le remplacement sont dans le programme. C'est le point qui compte le plus en hébergement, parce que le problème n'est presque jamais l'achat initial : c'est ce qui arrive la troisième année.
- Le point de départ est l'évaluation. Sans évaluation en audiologie, rien ne s'enclenche — et c'est précisément l'étape que personne ne déclenche en milieu d'hébergement, parce que ce n'est la tâche de personne en particulier.
Vérifiez aussi la couverture d'assurance privée si elle en conserve une, et les prestations d'ancien combattant le cas échéant : elles couvrent souvent l'appareillage en entier et sont parmi les moins réclamées.
Et la vue
- Les lunettes. Perdues, cassées, ou celles d'une autre résidente. Faites-les identifier à son nom, comme le reste.
- L'examen de la vue. Bonne nouvelle : l'examen est couvert par le régime public pour les personnes âgées, à intervalle régulier. L'examen n'est donc pas l'obstacle — l'organiser l'est. Demandez si un optométriste se déplace dans le milieu, plusieurs le font.
- La correction. Une ordonnance de 2016 ne corrige plus rien en 2026. Les lunettes elles-mêmes restent généralement à la charge de la personne.
- La cataracte. L'opération est couverte, et c'est l'une des interventions les plus rentables chez la personne âgée : courte, en chirurgie d'un jour, avec un effet immédiat sur l'autonomie et sur le risque de chute. Vivre en CHSLD n'est pas une contre-indication, et l'âge non plus. Les délais existent, ce qui est une raison de s'inscrire maintenant plutôt que d'abandonner. Si on vous dit « à son âge, ça ne vaut plus la peine », demandez que l'ophtalmologiste le dise lui-même.
Le lien avec les chutes, qu'on ne fait jamais
Mal voir et mal entendre augmentent tous deux le risque de chute — l'un parce qu'on ne voit pas l'obstacle, l'autre parce que l'oreille interne participe à l'équilibre et parce qu'on n'entend pas ce qui arrive derrière. Si votre mère est tombée et que personne n'a vérifié sa vue et son audition dans l'analyse qui a suivi, cette analyse est incomplète. Écrivez-le, et faites-le inscrire au plan d'intervention.
S'il y a une démence
Surdité et démence ensemble sont nettement pires que chacune séparément, et l'appareil est abandonné juste au moment où il compte le plus, parce qu'elle l'enlève. C'est une raison de demander à l'audioprothésiste une autre solution — autre embout, autre format, meilleure tenue — et non de renoncer.
Six questions à poser cette semaine
- Qui change la pile, à quelle fréquence, et où est-ce inscrit ?
- Quand a-t-on vérifié ses oreilles pour un bouchon ?
- Une évaluation en audiologie a-t-elle été faite, et qui l'a demandée ?
- Un audioprothésiste se déplace-t-il ici, et quand est-il venu la dernière fois ?
- Quand remonte son dernier examen de la vue, et un optométriste vient-il sur place ?
- Après sa dernière chute, la vue et l'audition ont-elles été vérifiées ?
Si rien ne débloque
Par écrit à la direction, une question, une date, et le sujet inscrit à la prochaine rencontre de plan d'intervention pour qu'il soit documenté. Ensuite, deux recours gratuits : le comité des usagers ou des résidents, et le commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CISSS ou du CIUSSS, qui doit répondre dans un délai prévu par la loi et dont la décision peut être portée au Protecteur du citoyen.
Par où commencer
Cette semaine, faites une seule chose : ouvrez le tiroir de la table de chevet et regardez si l'appareil y est et s'il fonctionne. C'est le geste le plus rentable de tout cet article.
Si vous cherchez encore un milieu, demandez avant la visite comment sont organisés le suivi auditif et le suivi visuel. Peu de familles le demandent, et la réponse est révélatrice.
Si vous préférez ne pas mener ces démarches seul, nous pouvons le faire. Pour 99 $, nous reprenons la situation de votre mère, nous cherchons dans votre secteur les milieux qui répondent vraiment à ces questions, et nous vous rapportons ce qu'ils nous ont dit, avec les noms et les dates. Commencez ici
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas un avis médical sur votre situation. Les critères d'admissibilité aux programmes publics et les couvertures évoluent : vérifiez ce qui est en vigueur auprès de la Régie de l'assurance maladie du Québec et de votre CISSS ou CIUSSS. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.