Six semaines après l'admission
Quand elle est arrivée, votre mère allait seule à la salle de bain. Aujourd'hui elle porte des culottes d'incontinence, et quand vous posez la question, on vous répond que « c'est plus confortable pour elle » ou « plus sécuritaire la nuit ». Personne n'en a parlé avec vous, ni avec elle.
C'est l'un des changements les plus lourds qui puissent survenir en hébergement — et très souvent ce n'est pas une décision clinique.
L'incontinence s'évalue, elle ne se présume pas
Chez une personne âgée, l'incontinence est un symptôme avec des causes, souvent réversibles. L'ordre est toujours le même : évaluer, traiter ce qui se traite, et seulement ensuite recourir aux produits.
La question à poser par écrit n'est donc pas « pourquoi des culottes ? » mais : « ma mère était continente à son admission. Quelle évaluation a mené à cette décision, par qui et quand, et qu'est-ce qui est prévu au plan d'intervention pour rétablir la continence ? »
La facturation dépend du milieu
C'est la distinction québécoise, et elle change la réponse.
En CHSLD, l'hébergement relève du réseau public et les fournitures liées aux soins font partie de ce que l'établissement assure : la contribution de l'adulte hébergé couvre le gîte et le couvert, pas des articles de soins facturés à la pièce. Si une facture apparaît, demandez sur quelle base.
En RPA, c'est l'inverse : ce qui est fourni est ce qui figure au bail et à l'annexe des services. Sortez-les et vérifiez. Si les culottes n'y sont pas, elles sont à vos frais — et si l'exploitant ajoute des services non prévus, cela relève d'une modification qui se négocie, pas d'un ajout unilatéral à la facture.
Dans les deux cas, posez la deuxième question : « sur quoi repose la quantité — une évaluation individuelle, ou un nombre fixe par jour ? » Un nombre fixe est une gestion de stock, pas un plan de soins.
Ce qui aurait dû se passer
- Écarter les causes réversibles : infection urinaire, constipation, diurétiques et l'heure à laquelle on les donne, sédatifs — et très souvent, tout simplement, ne pas pouvoir atteindre la toilette parce que la marchette est loin ou que personne ne répond à la cloche.
- Un horaire de continence au plan d'intervention : accompagnement à heures fixes, calé sur son rythme. C'est la mesure la plus efficace et la plus souvent sautée, parce qu'elle coûte du temps de personnel et que les culottes n'en coûtent pas.
- La dignité inscrite au plan. Mettre une culotte à quelqu'un qui sait encore utiliser la toilette n'est pas neutre — et un CHSLD est encadré comme un milieu de vie, pas seulement comme un lieu de soins.
Les deux causes qui expliquent presque tout
La cloche d'appel. Qui attend vingt minutes deux fois cesse d'appeler et mouille le lit. Demandez si les délais de réponse sont mesurés, et ce qu'ils sont la nuit.
Le quart de nuit. La culotte de nuit est souvent une solution d'effectifs déguisée en choix clinique. Demandez combien de préposés sont sur l'unité entre 23 heures et 7 heures et pour combien de résidents, et si l'infirmière est sur place ou à distance. Puis la question qui distingue les deux explications : la réveille-t-on pour la changer ? Réveiller toutes les trois heures quelqu'un qu'on pourrait accompagner à la toilette, ce n'est pas du soin, c'est de l'horaire.
Si elle reste mouillée
Ce n'est pas un contretemps d'organisation. Si votre mère reste régulièrement mouillée, c'est une atteinte à sa dignité, et cela entre dans le champ de la maltraitance telle que la loi québécoise la vise — chaque établissement doit d'ailleurs avoir une politique en la matière. Le recours est le commissaire aux plaintes et à la qualité des services : gratuit, sans avocat, avec un délai de réponse prévu par la loi.
Ce qu'il faut demander maintenant
Demandez une rencontre de plan d'intervention et faites-y inscrire : l'évaluation datée avec le nom de qui l'a faite ; un horaire de continence avec les heures et les personnes ; une révision du profil pharmacologique par le pharmacien, y compris l'heure des diurétiques ; la marchette et la cloche à portée, un trajet dégagé, une veilleuse ; et une date de réévaluation.
Ne pas accepter : « c'est plus confortable pour elle » sans inscription au dossier ; des culottes sans aucun accompagnement, combinaison qui produit lésions de peau, infections urinaires et chutes ; et une sonde par commodité, qui exige une indication clinique documentée.
Si rien ne change
- Un écrit au chef d'unité ou à l'exploitant, avec demande de rencontre et une date.
- Le comité des usagers ou le comité de résidents.
- Le commissaire aux plaintes, puis le Protecteur du citoyen.
- En RPA, le CISSS pour tout ce qui touche la certification, et le Tribunal administratif du logement pour un litige sur le bail et l'annexe des services.
Le signal plus large
Un milieu qui met des culottes à des résidentes continentes vous dit comment il règle, en général, ses problèmes d'effectifs.
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Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis médical ou juridique. Les décisions cliniques relèvent des professionnels traitants, et ce qui est compris varie selon le milieu et le contrat. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.