Une chute n'est pas un accident, c'est un incident à analyser
On vous appelle, ou on vous le dit en passant : « elle est tombée, mais ça va ». Ce n'est pas une réponse. Une chute doit être déclarée au moyen du rapport d'incident-accident (formulaire AH-223), évaluée, et suivie d'une modification du plan d'intervention — et vous avez le droit d'en être informé.
La première question, celle qui change tout
« L'a-t-on vue tomber, ou l'a-t-on trouvée au sol ? »
Une chute non témoignée signifie qu'on ne sait ni comment elle est tombée, ni si elle a frappé la tête, ni depuis combien de temps elle était là. C'est la situation la plus risquée, et celle qui exige le plus d'examens.
Les 24 premières heures
- une évaluation complète : état de conscience, douleur, mobilité des hanches et des épaules, ecchymoses ;
- en cas de coup à la tête, une surveillance neurologique — et si elle prend un anticoagulant (apixaban, rivaroxaban, warfarine), une évaluation médicale même si elle semble bien : un saignement peut se déclarer des heures plus tard ;
- une radiographie s'il y a douleur, incapacité de se lever ou rotation anormale du pied (une fracture de la hanche passe inaperçue plus souvent qu'on ne le pense) ;
- la tension couchée et debout ;
- la confirmation écrite que l'incident a été consigné au dossier.
Les six causes à écarter
- Les médicaments. Première cause évitable : somnifères, benzodiazépines, antipsychotiques, antihypertenseurs — et surtout le nombre total. Demandez une révision de la médication par le médecin et le pharmacien.
- Une infection. Chez la personne âgée, une infection urinaire se manifeste souvent par une confusion et une instabilité soudaines, sans fièvre.
- L'hypotension orthostatique : deux minutes pour la mesurer, souvent corrigeable en ajustant un médicament.
- La vue. Lunettes perdues, brisées, ou non ajustées depuis des années.
- Les chaussures et les pieds. Pantoufles sans arrière, semelles lisses, ongles longs : demandez des soins de pieds.
- L'environnement. Cloche d'appel hors de portée, pas de veilleuse, lit trop haut, plancher fraîchement lavé, trajet encombré vers la salle de bain.
Le piège des ridelles
Si on vous propose des ridelles « pour sa sécurité » : elles ne préviennent pas les chutes, elles aggravent les blessures. Une personne confuse qui veut se lever passe par-dessus et tombe de plus haut, et le coincement entre la ridelle et le matelas a causé des décès. Ce sont aussi des mesures de contrôle encadrées par la loi : exceptionnelles, consenties, consignées et réévaluées.
Demandez plutôt : un lit très bas, un matelas de sol du côté où elle se lève, une veilleuse à détecteur, une alarme de mouvement si indiquée, et un trajet dégagé.
Ce que vous pouvez exiger, par écrit
- une réévaluation du risque de chute et une mise à jour du plan d'intervention ;
- une révision de la médication ;
- une évaluation en physiothérapie : le travail de force et d'équilibre réduit les chutes ; immobiliser les augmente ;
- un bilan osseux (vitamine D, ostéoporose) : ce qu'on prévient, c'est la fracture ;
- un plan de surveillance de nuit écrit ;
- l'information de la famille à chaque chute, même sans blessure.
Quand les chutes se répètent
Deux chutes en un mois signifient que le plan ne fonctionne pas. Demandez une rencontre du plan d'intervention. Si rien ne change : le comité des usagers peut vous accompagner, et le commissaire aux plaintes et à la qualité des services est la voie officielle, avec des délais prévus par la loi.
Si le milieu ne peut pas surveiller la nuit
Demandez le chiffre : combien de préposés pour combien de résidents la nuit. C'est la donnée la moins offerte spontanément et la plus révélatrice.
Aide Curalune (99 $) prépare sous 24 heures ouvrables une sélection de 3 à 5 milieux adaptés, avec les questions à poser — personnel de nuit, prévention des chutes, mesures de contrôle.
*Informations générales. Après un coup à la tête, surtout sous anticoagulant, consultez sans attendre.*