L'appel
« Votre mère a fait une chute. Elle va bien, elle est dans sa chambre. » C'est souvent tout le message. Ce n'est pas suffisant, et vous avez droit à nettement plus que ça — à commencer par savoir si quelqu'un l'a réellement évaluée.
La chute est l'accident le plus fréquent en milieu d'hébergement. Elle est aussi largement évitable : la plupart surviennent en allant à la salle de bain, le soir ou la nuit, chez des résidents dont la médication, les chaussures ou la marchette jouaient contre eux. L'enjeu des 48 prochaines heures n'est donc pas de vous faire rassurer. C'est d'établir ce qui s'est passé, ce qui a été évalué, et ce qui change ensuite.
Ce que la loi québécoise vous garantit
C'est le point que presque aucune famille ne connaît, et c'est votre meilleur levier. Au Québec, tout incident ou accident survenu à un usager doit être déclaré par l'intervenant qui le constate, sur le formulaire prévu — le rapport de déclaration d'incident ou d'accident (AH-223) — et inscrit au registre local des incidents et accidents de l'établissement. Ces données alimentent ensuite un registre national.
Et surtout : en cas d'accident, l'établissement a l'obligation d'en informer l'usager ou son représentant, de lui divulguer ce qui s'est produit et les mesures prises pour prévenir la récurrence. Vous n'avez pas à quémander cette information. Formulez-le exactement ainsi, par courriel :
« Une déclaration d'accident a-t-elle été remplie pour la chute du [date] ? Conformément à l'obligation de divulgation, pouvez-vous m'informer par écrit des faits constatés et des mesures prises pour prévenir la récurrence ? »
Chaque établissement a par ailleurs un comité de gestion des risques, dont le rôle est précisément d'analyser ces événements et de recommander des correctifs. Une chute isolée se traite au chevet ; une série de chutes est un dossier pour ce comité.
Les questions cliniques, dans les 24 premières heures
À poser directement à l'infirmière responsable, en demandant que les réponses soient consignées au dossier :
- Y a-t-il eu un coup à la tête, et prend-elle un anticoagulant ? C'est la question qui compte le plus et celle qu'on oublie. Une personne âgée sous anticoagulant qui se frappe la tête peut saigner lentement et paraître parfaitement normale pendant des heures, voire des jours. Dans ce cas, « on va la surveiller » n'est pas une réponse : il faut une évaluation neurologique et une discussion sur l'imagerie.
- Une fracture a-t-elle été écartée ? Pas « elle marche ». Les fractures de hanche passent inaperçues chez les personnes atteintes de troubles cognitifs, parce qu'elles n'expriment pas la douleur comme on s'y attend. Demandez si elle met du poids sur la jambe, si le membre est raccourci ou tourné vers l'extérieur, et si une radiographie a été envisagée.
- Comment la douleur a-t-elle été évaluée ? Si votre mère a une démence, « elle dit que ça ne fait pas mal » n'est pas une évaluation. Il faut une grille d'observation : grimaces, protection du membre, respiration modifiée, agitation. Une agitation nouvelle après une chute, c'est très souvent une douleur non traitée.
- Pourquoi est-elle tombée ? Les vraies réponses sont concrètes : elle voulait aller à la toilette et personne n'est venu ; elle s'est levée trop vite avec un nouvel antihypertenseur ; sa marchette était de l'autre côté de la chambre ; le plancher était mouillé. « Elle est instable » décrit, n'explique pas.
- Y a-t-il eu une surveillance des signes vitaux après la chute, et pendant combien de temps ?
Ce qui doit changer ensuite : le plan d'intervention, pas la promesse
Un « on va la surveiller » verbal ne vaut rien dans six semaines, quand l'équipe aura changé. Demandez une rencontre de plan d'intervention et exigez que ceci y soit inscrit :
- Une révision du profil pharmacologique par le pharmacien. C'est l'intervention la plus payante et la moins demandée. Benzodiazépines, antipsychotiques, antihistaminiques sédatifs, antihypertenseurs récemment ajoutés ou augmentés : demandez lesquels de ses médicaments augmentent le risque de chute, et lesquels peuvent être réduits ou cessés.
- Un horaire de continence. Si elle est tombée en allant à la toilette, la réponse est un accompagnement planifié à heures fixes — pas la promesse de répondre plus vite à la cloche.
- Une révision de l'environnement : hauteur du lit, chaussures fermées à l'arrière et à la bonne pointure, marchette à portée du côté fort, éclairage de nuit, trajet dégagé jusqu'à la salle de bain.
- Une évaluation en physiothérapie pour la force et l'équilibre, et la vitamine D si elle n'en prend pas.
- Une réévaluation du risque de chute datée, avec une date de révision.
Ce qu'il faut refuser
Si la réponse de l'établissement à une chute est une ridelle de lit, une ceinture, un fauteuil dont elle ne peut pas se lever, ou un calmant « pour la nuit », opposez-vous et mettez-le par écrit. Au Québec, la contention, l'isolement et les substances chimiques utilisées comme mesures de contrôle sont strictement encadrés : usage exceptionnel, minimal, temporaire, dans le cadre d'un protocole, avec consentement sauf urgence, et réévaluation. Une mesure de contrôle n'est pas un substitut à la surveillance.
La sédation est la version que les familles ne voient pas passer, parce qu'elle n'a pas l'air d'une contention. Si un antipsychotique ou un sédatif apparaît après la chute, demandez quelle condition il traite et quel est le plan pour le cesser.
Si les réponses ne viennent pas
- Écrivez au chef d'unité et à la direction, avec une date. Ça laisse une trace ; une conversation dans le corridor, non.
- Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services de votre CISSS ou CIUSSS. C'est gratuit, sans avocat, et l'établissement doit répondre dans un délai prévu par la loi. C'est le recours le plus efficace et le moins utilisé.
- Le Protecteur du citoyen si la réponse du commissaire ne vous satisfait pas.
- S'il s'agit d'une RPA plutôt que d'un CHSLD, le CISSS est aussi l'interlocuteur : la certification impose des obligations à l'exploitant, y compris en matière de sécurité.
Quand la chute n'est plus un accident
Deux chutes en un mois sans aucune modification du plan d'intervention, ce n'est plus de la malchance : c'est une information sur le milieu. Si vous en êtes là et que vous n'avez pas l'énergie de recommencer les recherches pendant que vous gérez celle-ci, on s'en occupe. Dites-nous le secteur, l'état de votre mère et ce qui n'a pas fonctionné ici : vous recevez une sélection de milieux qui méritent un appel, pour 99 $. Si vous ne recevez pas au moins 3 ressources correspondant au secteur et aux critères indiqués, vous êtes intégralement remboursé. Commencer ici
Cet article est une information générale destinée aux familles, et non un avis juridique ou médical. Si vous craignez une blessure en ce moment, parlez à l'infirmière responsable ou faites évaluer votre proche sans attendre. Curalune n'attribue pas de places et ne garantit aucune disponibilité.