La promesse que nous avons tous faite
« Maman, inquiète-toi pas : jamais je vais te placer. » On la dit devant un café, dix ans avant que la question se pose. Puis vient le moment où cette phrase devient une cage.
En la prononçant, nous ne promettions pas *d'assurer personnellement tous les soins jusqu'au bout*. Nous promettions « je ne t'abandonnerai pas ». La seconde promesse se tient parfaitement en CHSLD ou en résidence — la première, souvent non, et pas par manque d'amour.
Culpabilité ou chagrin ?
La culpabilité, c'est le sentiment d'avoir mal agi. Le chagrin, c'est le sentiment qu'une chose triste arrive. La plupart des proches qui disent « je me sens coupable » vivent en réalité un deuil.
La confusion coûte cher : la culpabilité réclame une punition, et la punition qu'on s'impose, c'est de repousser. Repousser des mois, arriver à l'urgence, accepter la première place offerte — la pire façon de choisir.
Les signes que le domicile n'est plus le choix le plus doux
- des chutes, même une seule avec fracture, ou des chutes répétées sans conséquence ;
- il sort la nuit ou se perd sur un trajet familier ;
- des erreurs de médicaments : doses oubliées, doses doublées ;
- une agitation que la famille ne gère plus sans avoir peur ;
- un seul proche porte tout et ne dort plus — même avec le soutien à domicile du CLSC, la coordination reste sur une personne ;
- la personne est seule toute la journée. L'isolement est un dommage réel, pas une forme de respect.
Une entrée préparée se passe beaucoup mieux qu'une entrée en urgence. Tenir jusqu'à l'effondrement n'évite pas l'hébergement : on y arrive depuis l'hôpital, sans choix — et au Québec, une famille pressée d'accepter la première place disponible se retrouve souvent loin du quartier souhaité. S'inscrire tôt, en nommant ses préférences, c'est ce qui protège ce choix.
Ce qu'on peut encore tenir de sa promesse
- choisir soi-même, et inscrire ses préférences au dossier, plutôt que laisser l'urgence décider ;
- être là : les visites, les appels, les anniversaires ;
- être la mémoire : raconter au personnel qui est cette personne — son métier, le prénom de ses enfants, son café noir ;
- veiller : suivre le plan d'intervention, demander des comptes sur la médication, participer au comité des résidents, et savoir qu'il existe un commissaire aux plaintes et à la qualité des services dans chaque établissement — demandez les coordonnées avant d'en avoir besoin ;
- décider avec elle tant qu'elle en est capable. Un mandat de protection homologué désigne à l'avance qui agira pour elle.
Et l'argent n'est pas une raison d'attendre
En CHSLD, la contribution de l'adulte hébergé est fixée selon la capacité de payer, et une demande d'exonération ou de réduction peut abaisser la facture — mais elle se demande. En résidence privée, c'est le crédit d'impôt pour maintien à domicile des aînés qui change le calcul, et il est souvent réclamé trop tard. Aide Démarches s'en occupe pour vous.
Comment le dire, et les premières semaines
Parlez de ce qui se passe (« les nuits ne sont plus sûres »), pas de ce que vous avez décidé. En cas de troubles cognitifs, argumenter ne sert à rien.
Ne jugez pas sur la première semaine. L'adaptation demande généralement quelques semaines. Demandez au personnel comment elle va quand vous n'êtes pas là : beaucoup de familles découvrent qu'elle mange, participe et jase — et ne pleure qu'au moment où elle est contente de vous voir.
La part que vous contrôlez
Vous pouvez décider où et comment. Aide Curalune (99 $) prépare sous 24 heures ouvrables une sélection de 3 à 5 milieux adaptés à votre région, au niveau de soins requis et au budget, avec les contacts directs et les questions à poser en visite.
*Informations générales. Si la charge de proche aidant abîme votre santé, parlez-en à votre médecin : l'épuisement du proche aidant est un problème médical, pas un défaut de caractère.*